Childebert s'appuya contre une stalagmite et retira son casque.
-J'crois bien qu'on s'est perdus, là...
Ces paroles abattirent Azaan et la douzaine d'autres soldats qui s'étaient perdus avec eux. Où était le sergent Skapty, nul ne le savait. Ils avaient poursuivi un groupe de svarogs dans les cavernes et les tunnels pendant des heures leur semblait-il, avant que lesdits svarogs se retrouvent coincés dans un cul-de-sac, ce cul-de-sac même où ils les avaient combattus et avaient triomphé en ne déplorant que deux morts, et où il s'étaient rendu compte qu'ils avaient perdu le reste du bataillon.
Ils ne se décidaient pas à partir car, en plus d'avoir sept blessés, trois tunnels débouchaient dans la caverne où ils se trouvaient, et ils n'avaient pas pris la peine de voir par lequel ils étaient entrés.
Azaan pansait les blessés avec des lambeaux de son manteau, Childebert et trois autres disposaient les morts dans le creux d'une paroi rocheuse à l'autre bout de la caverne, faute de pouvoir les enterrer; les soldats de l'Ordre d'un coté et les svarogs d'un autre, tous avec leurs armes près d'eux.
Soudain, ils entendirent un grondement.
BOUM-Des svarogs?...; gémit Childebert
BOUMAzaan tourna la tête vers une des entrées de la caverne d'où semblait provenir le bruit:
BOUM-Ils arrivent...
Pancho courait de moins en moins vite, à bout de souffle.
" Quelle idée aussi, d'entrer dans les cavernes seul...et quelle idée de dire à des svarogs que je suis soldat de l'Ordre, avant même de savoir s'ils étaient amis où ennemis.."; pensa-t-il. Il était poursivi par une demi-douzaine de svarogs qui avaient perdu terres et biens, et avides de vengeance.
Il courait toujours, le bruit de son pas lourd résonnant sans fin dans le tunnel. Toute sa vie défilait devant ces yeux...L'Oncle Roberto et ses chèvres...la Reconquista...son admission dans l'Ordre...le bon poulet fermier de maman et le sanglier à la broche de la taverne de Séville...
Pancho trébucha et tomba lourdement sur le menton. Les svarogs l'attrapèrent aussitôt et le mirent sur pied avant qu'il ne retrouve ses esprits.
-Tu ne nous échappes plus mon gars...
L'espagnol envoya son pied entre les jambes de svarog en face de lui et se propulsa en arrière, entrainant dans sa chute les deux hommes qui le tenaient. Il s'arrangea pour ne pas se cogner la tête, contrairement aux deux autres qui tombèrent immédiatement dans les pommes sur le coup. Pancho dégaina et pourfendit un svarog obèse armé d'une masse et lui prit sa torche avant de se remettre à courir. Il tourna à droite dès qu'il le put, puis à gauche, et se retrouva coincé dans une galerie bouchée par un éboulement, ou avait visiblement eu lieu des combats, à voir les cadavres et leurs armes, par terre. Il essaya de trouver une ouverture lui permettant de passer; puis, n'en voyant pas, il prit une massue en fer gisant à terre et frappa dans la pierre. Il réussit a ouvrir un trou assez grand pour s'y faufiler.
De l'autre coté, une caverne de taille moyenne s'éclaira à la lueur de sa torche.
Il s'engagea dans une anfractuosité de la roche plus loin. Il ne tenait pas à moisir dans cette grotte humide. Très vite, il fut contraint marcher accroupi, puis il dut ramper au fur à mesure que le passage rétrécissait.
Au bout d'une dizaine de minutes, sa torche s'éteignit. Pancho continua tout de même.
Il rencontra alors la fin du passage. Loin de désespérer, il avait prévu ce genre d'incident, il entreprit d'attaquer la paroi à coups de massue, avec un peu de chance, il était juste à coté d'un tunnel, ou d'autre chose.
BOUM-Humpf! solide...
BOUM-Ah? sa craque...
BOUMDans un fracas formidable, la paroi au dessus du tunnel vola en éclats, et un homme tomba avec ces derniers. Childebert s'approcha, et reconnut Pancho qui toussait au milieu des débris. Il se releva, haletant.
-Pancho? Tu n'est pas mort?
L'intéressé se contenta de hausser les épaules et de ramasser sa torche.