L'Ordre des Chevaliers Divins

L'Ordre des Chevaliers Divins regroupe nombre de soldats plus ou moins expérimentés mais se battant pour une cause juste, Dieu.
 
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 Tome I

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Le-Nain
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MessageSujet: Tome I   Dim 3 Oct - 0:49

L'Ordre des Chevaliers Divins… Il y a bien des siècles, cet ordre connu de tous combattit les hérétiques, les païens et les rebelles qui menaçaient l'existence même de la chrétienté mais aussi l’équilibre du monde. Cet ordre de chevaliers remporta bien des batailles, connut aussi de cuisants échecs mais ce fut pour toujours mieux se relever, pour devenir encore plus fort, encore plus déterminé. Ses soldats parcoururent l'Europe et accomplirent de nombreux fait d’armes. De cet ordre pourtant, rares sont les écrits qui nous sont parvenus : tous ont plus ou moins entendu parler de la légende, mais peu d’entre eux connaissent la vérité.
Grâce à de récentes découvertes, une page de l'Histoire va nous être révélée, ainsi que le destin de quelques hommes d'exception. Certains se battirent pour leur foi, d'autres pour le prestige et d'autres encore, tout simplement par devoir. Le récit de leur épopée nous parvient presque intacte à travers les écrits rédigés par les chroniqueurs de l’Ordre, comme un écho de leurs combats, qui marquèrent notre monde à jamais.


Steven Gradin, le 3 Octobre 2018.



TOME I :

L’Ordre à la Conquête de l’Europe Orientale.




L'Ordre des Chevaliers Divins poursuit sa mission, combattant rebelles et hérétiques partout où ils se présentent. Menés par Sopraluk, ils vont peu à peu découvrir le sombre complot de la Koalition der Gerechten, une fédération d'hérétiques unis sous un conseil dirigé par les représentants de leurs cultes païens. Derrière leurs attaques incessantes, se cache en réalité une sombre machination, visant à semer le chaos en Europe tandis que Derbroumer, un chevalier français ayant rallié la cause de la Koalition, lève une armée hérétique en Terre Sainte afin de ravager Jérusalem, cité sainte dont le contrôle est disputé par toutes les grandes religions du monde.
Afin de contrer leur perfide ambition, Sopraluk mènera l'Ordre dans une croisade personnelle dont les enjeux finiront par dépasser les frontières et révéler des puissances obscures aux intentions bien plus sombres encore que celles de la Koalition...




Partie 1 :

Le Royaume de Hongrie : Terre de Désolation.

Traversant la Hongrie pour la Terre Sainte, l'Ordre va se retrouver confronté à un terrible ennemi dont la détermination ira jusqu'à mettre en péril l'existence même de l'Ordre. De cette guerre, des héros s'élèveront, d'autres mourront, la loyauté des chevaliers sera mise à rude épreuve au cœur de la tempête et du carnage. Dans ce chaos, le destin sans pareil d'un homme va commencer sa course.


Dernière édition par Le-Nain le Jeu 21 Juil - 1:49, édité 3 fois
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Le-Nain
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MessageSujet: Re: Tome I   Dim 3 Oct - 0:52

Chapitre I :
Infiltration, Libération, Évacuation.

L'armée de l'Ordre, en route vers Jérusalem, lance l'assaut contre une armée de la Koalition der Gerechten, tandis que deux agents sont envoyés afin de récupérer des informations et libérer des prisonniers dans le camp ennemi.


Le campement de l’Ordre était en proie à une agitation certaine. Quelques heures plus tôt, le Commandant Édouard de York avait exposé son plan de bataille à un comité restreint d’officiers qui, à présent, lançaient des ordres à droite et à gauche. Les préparatifs de la bataille devaient être achevés avant le lendemain soir, avant que l’armée ne se mette en marche à l’aube. Sclavo observait tout ceci avec une curiosité non feinte. Âgé de vingt-huit ans, il avait parcouru le monde, des rives orientales de la Méditerranée à Antioche, jusqu’aux ports du Sud de la France, louant ses services d’assassins ici et là. Mais jamais encore il n’avait vu une armée en pleine action. Jusqu’ici, il n’avait servi que pour le compte de marchands sans scrupules, pour des guildes légales, parfois non, allant jusqu’à offrir ses services aux maîtres voleurs d’Héraklion. Il avait aussi travaillé pour quelques seigneurs régionaux, mais jamais dans le cadre de leur armée.
Mais aujourd’hui, beaucoup de choses avaient changé et à présent, il était membre de l’Ordre des Chevaliers Divins. Sous ce nom pompeux se cachait en vérité une armée aux ambitions nobles, aux soldats disciplinés, et Sclavo avait l’occasion de la voir se préparer pour la bataille. Il avait assisté un jour à un combat entre deux armées lorsque plusieurs compagnies byzantines avaient rencontré une horde de Seldjoukides à la frontière de la Principauté d’Antioche. Il avait trouvé ce spectacle écœurant, un chaos troublant s’emparant des deux camps lorsque la mêlée s’était engagée après que les byzantins aient pourchassé longuement les cavaliers Seldjoukides qui les harcelaient de flèches à distance.
Mais là, en voyant les hommes se préparer, rassemblant armes, munitions, vivres et autres matériels, entendant les officiers donner leurs ordres avec leurs voix pleines d’autorité, Sclavo avait l’impression d’être face à une fourmilière géante. Toute cette activité le fascinait. Il y avait là un chaos en apparence, mais sous lequel se cachait une organisation d’une complexité extrême : Sclavo aurait aimé avoir l’autorité et l’ingéniosité nécessaire pour planifier tout ceci. Parcourant le camp en tentant de gêner le moins possible les hommes qui se précipitaient dans tous les sens, les bras chargés, aboyant des ordres, portant des missives. Certains équipés pour aller au combat, d’autres portant de simples tuniques, Sclavo regardait tout ce spectacle autour de lui en essayant d’en appréhender le sens.

Dans un espace dégagé destiné à ce but, plusieurs hommes s’entraînaient au combat, le tout supervisé par quelques instructeurs. La majorité des soldats étaient de nouvelles recrues, en rang, portant un équipement standard, une vouge et un bouclier. Les officiers se déplaçaient autour d’eux afin de leur enseigner comment former un mur de fer contre lequel les ennemis viendraient s’écraser inutilement le jour de la bataille s’il leur été ordonné de le faire. Les vougiers se mirent en formation serrée tandis que les instructeurs se mettaient à insulter copieusement les hommes qu’ils jugeaient ne pas être correctement placés ou étant trop lents.
A côté des nouvelles recrues, d’autres hommes s’exerçaient, individuellement ou par petits groupes. Sclavo s’arrêta quelques instants pour observer quatre hommes s’entraînant ensemble, notant une certaine ressemblance entre trois d’entre eux, probablement des frères ou des cousins. Drôle d’endroit pour une réunion de famille songea Sclavo. L’un portait l’insigne de lieutenant sur son épaule, un autre celui de sergent, tandis que les deux autres n’étaient encore que de simples soldats. Les gradés menaient clairement la danse face à leurs camarades, s’évertuant à les pousser à se dépasser. Cependant, l’adversaire du sergent semblait se débrouiller mieux qu’il ne le laissait voir, parant chaque attaque menée par son adversaire, pourtant muni d’une imposante claymore, tandis que l’adversaire du lieutenant quant à lui, semblait avoir bien du mal à tenir le rythme imposé par son instructeur. Soudain, le lieutenant attaqua avec violence, frappant de son épée le bouclier du jeune soldat avec une telle force que le jeune homme tituba avant que l’officier ne lui lance un coup de pied dans la poitrine, plus léger, plus une poussée qu’une attaque, mais projetant tout de même le soldat à terre.

- C’est vraiment pitoyable, s’exclama le lieutenant à l’encontre de son frère qui toussotait, tant à cause de la poussière qu’il avait soulevé en tombant, que par le coup qu’il avait reçu. Soldat Darhio, jamais de ma vie je n’ai vu une tête de mule pareille !

- Ça doit être de famille ! Ajouta le grand sergent qui avait cessé son entraînement avec le troisième frère, un léger sourire se formant sur ses lèvres.

- Combien de fois dois-je te le répéter Warren ? Poursuivit le lieutenant à son jeune frère, ignorant la boutade du sergent. Ne jamais baisser sa garde, même lorsque l’on voit une ouverture chez l’ennemi ; dans la moitié des cas, ce sera un piège destiné à te tromper ! J’en ai assez, jamais je ne réussirai à faire entrer quoi que ce soit dans ta petite tête. Avec un tel niveau, tu seras incapable de blesser le moindre ennemi lorsque le moment viendra, encore moins de le tuer.

- Quoique, en le lançant assez fort… Peut-être qu’il ferait un bon projectile pour une de nos catapultes ? Songea le sergent en frottant du doigt une de ses nombreuses cicatrices qu’il collectionnait sur son visage, faisant mine de réfléchir.

Cette remarque arracha tout de même un rire au lieutenant qui secoua la tête et finit par venir aider son frère à se relever, le félicitant tout de même pour les quelques progrès qu’il avait fait. Sclavo sentit un tiraillement au fond de lui, cette scène appelant quelque chose dans sa mémoire, mais il ne savait pas quoi. Cela provoqua en lui un élan de tristesse auquel il ne parvenait pas à trouver la source, mais elle était là. Soupirant, Sclavo reprit sa route, croisant toujours plus de soldats agités, se précipitant pour accomplir leur devoir.
Sclavo se mit à repenser à tout ce par quoi il était passé pour en arriver là. La mort de ses parents, assassinés par un marchand rival, leur navire brûlé au large, avec eux encore à bord. Son adolescence passée avec son mentor, ancien haschischin, l’ayant formé pour devenir une arme impitoyable… Le jour où il avait vengé sa famille en exterminant leur meurtrier ainsi que tous ses proches… Puis, la peine, la douleur, le remord. Cette mise à mort sordide ne lui avait procuré aucune satisfaction. Au final, ses parents étaient morts, il était seul au monde et avait le sang de nombreux innocents sur les mains, des gens qui n’avaient commis comme seul crime celui d’être trop proche de l’homme qui avait ordonné la mort de sa famille. Puis, l’errance, allant et venant en Europe, vendant ses services, tuant qui on lui ordonnait d'assassiner, ne connaissant plus que cette vie, jusqu’à ce que le remord se fasse trop fort, jusqu’à ce qu’il ne puisse plus rejeter la faute de ce qu’il était devenu sur le meurtrier de ses parents. Il avait dû faire face à sa propre noirceur et se rendre à l’évidence, il était devenu un monstre par son seul fait, par ses propres choix. A la recherche d’un remède, d’une chance de se purger de ses fautes, il avait entendu parler de cet ordre naissant, cherchant à donner un peu plus de justice à ce monde, de rendre le quotidien des hommes un peu plus supportable en s’en prenant à ceux qui voulaient troubler la paix. Sclavo avait cherché ces chevaliers pendant des mois, avant de croiser leur route, dans leur marche vers Jérusalem à la frontière Hongroise. A présent, il était des leurs.

Un peu plus loin, un autre espace dégagé avait été aménagé au pied d’une grande croix plantée dans le sol, sous une bâche dépassant en hauteur la plupart des tentes voisines, formant ainsi une petite chapelle en plein air. A son pied, plusieurs soldats et officiers priaient tandis qu’un moine récitait des psaumes en latin. Bien que lui tournant le dos, Sclavo repéra un géant parmi les hommes, vêtu de noir, allant de paire avec sa chevelure châtain ternie par l’exposition aux intempéries. Le grand guerrier dépassait tous les autres chevaliers, même à genoux la différence de taille était évidente et lorsqu’il se redressa une fois la prière commune achevée, dépassant alors tous les hommes autour de lui d’une bonne tête, voir même deux de plus que le moine à qui il adressa quelques mots avant de s’éloigner. Il alla alors récupérer ses armes sur un râtelier destiné à recevoir les lames de ceux venus prier. Tout comme l’un de ceux que Sclavo avait observé à l’entraînement, le chevalier maniait une claymore. Sclavo observa le géant s’éloigner d’un pas sûr, semblant ne pas être gêné le moins du monde par son attirail en plus de sa longue cotte de maille, se dirigeant vers les écuries en saluant au passage plusieurs soldats avec de grands sourires. L’assassin s’imagina l’effet que cet homme déclencherait chez quiconque l’affronterait lors de la bataille à venir. Non seulement il était d’une taille peu banale, mais son épée de près de cinq pieds selon une rapide estimation, était probablement capable de couper en deux un cheval si son détenteur y mettait suffisamment de force. Sclavo ressentit un peu de pitié pour ceux qui auraient le malheur de croiser la route du colosse. Fort heureusement, au moins, il semblait sympathique…

Continuant son avancée vers la tente du Commandant Édouard de York où il avait été convoqué, Sclavo vit un officier en sortir en trombe. De taille moyenne, âgé d’une trentaine d’année et arborant une chevelure châtain claire, l’homme regarda Sclavo arriver au loin, le dévisageant et le jaugeant de la tête au pied avant de se diriger vers lui d’un pas rapide.

- Sclavo Daleva ? Demanda l’officier avec un certain agacement dans la voix, spécifique aux personnes pressées.

- Oui Sergent, répondit Sclavo en remarquant l’insigne sur son épaule.

- C’est Lieutenant, rectifia l’homme, semblant soulagé d’avoir trouvé Sclavo. Mais ne vous en faites pas reprit-il, c’est tout nouveau ! Je n’ai pas encore eu le temps d’accrocher cela à mon épaule, ajouta-t-il en ouvrant sa main droite et en montrant son contenu à Sclavo, une étoile dorée à ajouter à celle qu’il portait déjà sur l’épaule.

- Pardon, Lieutenant, se reprit alors Sclavo. Je crois que je suis un peu en retard…

- Oui, c’est le cas de le dire, approuva le Lieutenant avec un froncement de sourcils. L’autre agent sur cette mission vient tout juste de recevoir ses ordres et est déjà parti se préparer. Alors il va falloir que vous fassiez vite.

L’officier tandis à Sclavo une petite liasse de parchemins que l’assassin s’empressa de saisir et en déroula un au hasard. Il s’agissait d’une carte de la région, relativement bien faite, avec soin et précision, un cercle et une croix avaient été tracés à deux endroits à l’encre rouge. L’autre parchemin était une carte aussi, mais faite à la va-vite avec un morceau de charbon : Sclavo ne sut reconnaître ce qu’elle représentait, ne comprenant pas ce qu’il voyait. Une petite flèche surmontée d’un N lui indiqua le nord puis, Sclavo repéra quelques annotations au bout de flèches indiquant certains cercles et carrés. Apparemment, tout ceci était le plan d’un camp, les traits représentant des palissades, des carrés et des rectangles des tentes et bâtiments, tandis que des cercles représentaient des tours de gardes. Son incompréhension dut se voir sur son visage car le Lieutenant le regarda avec soupçon.

- Vous savez lire au moins ? Demanda-t-il. Votre dossier indiquait que oui… Si vous avez menti…

- Mon dossier ? Répéta Sclavo, renforçant probablement son air abruti pensa-t-il. Euh… Oui je sais lire, c’est juste que je suis surpris de recevoir des ordres écrits et des cartes, ce sont des biens très rares.

- Le Commandement s’efforce le plus possible de mettre par écrit les ordres de missions, de faire de nombreux rapports, des fichiers sur certains chevaliers intéressants, de faire des cartes... Enfin bref, on aime la paperasse ! S’exclama avec peu d’entrain le Lieutenant. Si vous devenez un jour un gradé, vous vous en rendrez vite compte… On reçoit des quantités astronomiques de parchemins par bateau venus tout droit d’Egypte. Si on mettait autant d’or dans l’armement que dans la fourniture de parchemins, l’Ordre pourrait conquérir l’Europe avant la fin de la semaine et nous pourrions tous rentrer chez nous ! Mais nous n’y sommes pas encore.

L’officier déroula un parchemin qu’il avait gardé en sa possession et le présenta à Sclavo.

- Ça, ce sont vos ordres de missions. Le Commandant Édouard de York souhaite que vous et un autre agent pénétriez dans le camp ennemi tandis que nous l’affronterons sur la plaine. Vous devez libérez l’un de nos hommes qui y est détenu, le Sergent Emmerick, un homme assez grand aux cheveux bruns. Il a une cicatrice sur la joue droite en forme de lune et s’exprime assez pompeusement… Il est membre de la petite noblesse anglaise. Et au passage, si vous pouviez éliminer le plus d’ennemis possible et pourquoi pas glaner quelques informations, cela nous arrangerait. Vous devrez vous dépêcher, car l’armée part dans deux jours à l’aube, ça vous le savez, et lorsque nous aurons mis en déroute le gros des forces adverses, une compagnie viendra raser le campement et elle ne fera pas dans la dentelle. Mais surtout, l’autre agent qui participe à cette mission a pour ordre d’éliminer le général ennemi resté là-bas et d’incendier le camp avant de prendre la fuite. Vu le caractère de cet homme, je ne pense pas qu’il prendra le temps de vérifier si vous et Emmerick êtes en lieu sûr avant de faire flamber le camp, alors soyez rapide et efficace.

Sclavo acquiesça et prit le parchemin que lui tendait le Lieutenant, se sentant finalement chanceux d’être arrivé en retard à la réunion. Cela lui avait évité au moins d’avoir à faire la connaissance de l’autre agent de l’Ordre qui semblait très… gentil…

- Si vous n’avez pas de questions, je vais devoir vous laisser Daleva, lui dit le Lieutenant qui avait l’air déjà très fatigué. J’ai eu une longue journée et elle risque de s’éterniser davantage vu la quantité de choses que j’ai à faire avant la nuit. Allez voir l’intendance et prenez ce qu’il vous faudra. Et dépêchez-vous si vous voulez rattraper votre retard sur votre collègue.

L’officier s’en alla d’un pas rapide, sortant de sa tunique un long, très long parchemin, qui devait être la liste de ses tâches à accomplir. Soudain, Sclavo se sentit une fois encore chanceux, il allait devoir infiltrer le camp ennemi aux côtés d’un malade sanguinaire, mais au moins, il n’avait que ça à faire pour les trois prochains jours.

- Au fait, je suis le Lieutenant Bertrand de Lorraine ! Ajouta l’officier en se retournant. Si vous revenez, vous devrez me faire votre rapport. Bonne chance.

Sclavo acquiesça en grimaçant, appréciant énormément le « Si vous revenez »…

*
**
Sclavo observait le campement rebelle au loin : un mince manteau de brume tapissait le sol de la plaine hongroise où se trouvait le camp. Au loin, le son de l’armée rebelle en marche ne lui parvenait presque plus, tout juste un vague son sourd très lointain. Sclavo avait étudié la carte de la région ainsi que celle du campement rebelle que De Lorraine lui avait donné. Sa plus grande interrogation sur le moment avait été de savoir pourquoi envoyer deux hommes seulement s’y infiltrer alors qu’un petit groupe d’élite pourrait en prendre le contrôle en très peu de temps ? Mais surtout, qui avait bien pu tracer cette carte ? Les rebelles n’étaient pas là depuis plus d’une semaine et à moins que le commandant des lieux ne s’amuse à semer les tracés de son camp à travers la campagne, ce qui était peu probable, Sclavo ne voyait pas trop comment l’Ordre avait bien pu se procurer ces plans. Et puis, tant qu’à être sur place, Sclavo aurait apprécié que celui où celle qui avait tracé ces cartes en ait profité pour ramener ce Sergent Emmerick qu’il devait récupérer… Se donnant un coup de pied au cul mentalement, Sclavo s’ordonna de cesser de se lamenter. Il voulait racheter ses crimes, se rendre utile et couper des gorges qui le méritaient : il était servi… Mais il ne pouvait s’empêcher de se demander si ça ne serait pas sa dernière occasion sur cette terre…

- Si vous revenez… Marmonna Sclavo en repensant aux paroles de Bertrand de Lorraine.

Sa meilleure chance de pénétrer dans le camp serait de passer par la moitié nord du mur ouest. C’était la portion de mur dont les tours étaient les plus éloignées étant donné qu’il n’y avait aucune porte à garder de ce côté-là. Sclavo se mit à avancer vers le camp, le dos courbé au maximum, se déplaçant vite et en silence entre les hautes herbes et les rochers qui parsemaient la plaine entre lui et le camp. Il n’était plus qu’à une vingtaine de mètres du mur en bois quand soudain, une voix le fit se plaquer face contre terre. Il ne pouvait pas déjà avoir été repéré ? Et ce n’était pas le cas. Lorsque Sclavo leva les yeux, il distingua vaguement deux hommes qui discutaient gaiement en haut du mur entourant le camp. Apparemment, le fait que leurs camarades soient partis au combat ne les troublait pas tant que ça et ils ne se sentaient pas menacés vu leur relâchement, une bonne nouvelle sans aucun doute.
Sclavo se mit à ramper très lentement entre les herbes, ne lâchant pas des yeux les deux vagues silhouettes dont les contours se faisaient plus nets à mesure qu’il avançait. Dans la brume, il était presque invisible tant qu’il était à l’arrêt ; sa cape grise couvrant sa tunique noire lui offrait un camouflage satisfaisant dans le brouillard et parmi les herbes. Hormis l’inconfort que cela entraînait, l’humidité rendant le sol légèrement boueux, salissant ses vêtements et le faisant grelotter, Sclavo se dit qu’il avait toutes les chances de s’infiltrer avec succès et qu’il avait choisi la meilleure voie.
Il atteignit finalement le pied du mur sans que les deux gardes, juste au-dessus de lui ne l’aperçoivent. Sclavo se redressa lentement et se plaqua contre le mur, attendant que les deux gêneurs partent. Enfin, des bruits de pas s’éloignant signalèrent qu’au moins l’un d’eux partait. Se reculant un peu pour mieux voir le sommet du chemin de ronde, il n’y vit plus qu’un seul garde qui semblait s’ennuyer ferme.
Le jeune vénitien prit le grappin pendant à sa ceinture qu’il s’était procuré pour sa mission et le lança pour qu’il aille s’accrocher en haut du mur. Une exclamation de surprise se fit entendre depuis le chemin de garde. Sclavo attrapa son arc avec célérité, encocha une flèche et fit un pas en arrière. Un visage surpris apparut au-dessus de lui. Comme il l’avait prévu, le garde avait voulu voir ce qui se trouvait en bas du mur. Cette erreur fut punie par une flèche entre les deux yeux, avant même qu’il n’ouvre la bouche. Son corps s’affaissa mollement et bascula en avant. Il atterrit aux pieds de Sclavo, qui au moins n’aurait pas à le jeter lui-même par-dessus le mur. Comme quoi, la nature était bien faite, tout corps mort tombait, et dans ce cas, du bon côté du mur.
Le jeune assassin escalada la corde prestement et arriva sur le chemin de ronde.

Il s’agissait à présent d’agir vite, vu la rapide description que De Lorraine avait faite de l’autre agent censé infiltrer le camp, il se pouvait très bien qu’il se soit déjà glissé à l’intérieur sans qu’il ne le remarque. C’était plutôt fâcheux en soit, l’agent devant tout incendier avant de partir et si Sclavo ne faisait pas assez vite, il allait devoir ramener au Lieutenant De Lorraine les cendres du Sergent Emmerick. Sclavo doutait que cela lui plaise, ça ne ferait très bonne impression pour une première mission. Ce risque n’était pas simplement le fait de l’imagination parfois cynique de Daleva. Selon les affirmations de certains autres chevaliers questionnés sur son compte, cet assassin n’était pas du genre à être bouleversé par les remords, comme par exemple, après avoir brûlé vif des centaines d’hérétiques et malencontreusement, deux collègues au passage.
Du haut du mur d’enceinte, Sclavo avait une assez bonne vue sur l’ensemble du camp. Il vit plusieurs rebelles qui patrouillaient dans le camp par groupes de trois, mais une bonne partie d’entre eux se trouvait au centre du camp, non loin de la tente de leur chef entouré d’une palissade. Ils se réchauffaient de la fraîcheur matinale autour d’un feu et semblaient bien occupés à se raconter des histoires qui semblaient désopilantes. Dommage que Sclavo ne comprenne pas la moitié de leurs langues, il aurait pu ramener quelques blagues à ses camarades et peut-être ainsi se rendre amical, ce qui n’était pas son domaine de prédilection en général.
Sclavo serait bien resté là, à observer les déplacements des patrouilles, mais les sentinelles postées au sommet des tours dans le camp devaient elles aussi avoir une vue imprenable sur lui. Sclavo jeta un coup d’œil en contrebas pour s’assurer qu’aucune patrouille ne s’y trouvait et descendit d’un bond. Le mur n’était pas bien haut mais il ne se réceptionna pas aussi souplement qu’il ne l’avait espéré, et ne put s’empêcher de basculer en arrière après que ses jambes aient absorbé le plus dur de la chute, atterrissant sur le derrière en jurant à mi-voix. Des voix s’élevèrent non loin de lui et Sclavo dut se dépêcher de se redresser et d’entrer en silence dans la tente la plus proche, sans avoir le luxe au préalable de vérifier si elle était vide. Par chance, aucun hérétique n’occupait les trois couchettes qui se serraient sous la toile où Sclavo devait se maintenir accroupi. Des ombres passèrent de l’autre côté du mince tissu qui couvrait l’entrée de la tente ; il aurait presque pu les toucher, mais ce n’était pas trop le moment de s’y amuser. Et finalement, les soldats passèrent leur chemin, poursuivant leur ronde sans remarquer à leurs pieds les deux profondes traces de pieds dans la boue qu’il avait faites en tombant, ainsi que la marque de son cul, un cul à présent gelé par le froid.

Ce moment de répit fut de très courte durée, car de l’autre côté de la tente, Sclavo entendit d’autres voix s’approchant. Jusqu’ici, il avait eu de la chance, mais une petite voix intérieure lui disait que cela n’allait pas continuer. Suivant son instinct, l’assassin sortit de la tente par le côté où il était entré juste avant qu’un hérétique n’y entre pour faire un somme. Sclavo se retrouva à nouveau sur le chemin entre l’amas de tentes et la palissade, se retrouvant à quelques mètres dans le dos de la patrouille qu’il avait esquivé quelques secondes plus tôt. Partant dans l’autre direction, longeant la palissade, le dos courbé au point qu’il avançait presque à quatre pattes, Sclavo s’en fuit le plus vite possible avant de s’apercevoir qu’une autre patrouille, progressant dans une allée perpendiculaire à celle qu’il traversait, allait bientôt croiser sa route. Encore une fois, Sclavo prit un risque, chose qu’il n’aimait pas en général, mais après tout, c’était de sa faute. S’il avait voulu une vie sans risque, il aurait planté des choux au lieu de devenir un honnête assassin... Plongeant dans la tente la plus proche, Sclavo s’accroupit à côté d’une couchette tandis que la patrouille dépassait son refuge.

*
**
Al Assel d’Al Minya observait le nouvel assassin de l’Ordre depuis déjà dix minutes. Comment avait-il fait pour arriver si longtemps avant lui ? Il devait être au moins aussi doué que lui, d’ailleurs ses méthodes lui étaient familières.
Après qu’il vit son « rival » disparaître du mur d’enceinte, Al Assel décida de rentrer par le coin au Sud-Est du campement, qui lui semblait relativement sûr. Le seul danger était la porte Sud, mais les tentes devaient pouvoir l’aider à passer inaperçu quand il remonterait vers la tente du chef rebelle.

*
**
Garviel Loken, un des capitaines du camp rebelle, était troublé. La rumeur d’une attaque n’avait que quelques jours, mais déjà une armée de rebelles renforcée par des mercenaires s’était mise en route afin de contrer la menace. Et même si les soldats étaient confiants, lui savait que le danger était réel.
Cependant le Général en Second du camp, resté pour surveiller, avait doublé la garde et les patrouilles, Loken savait donc qu’ils ne seraient pas pris par surprise. Il décida alors d’aller voir les gardes postés à la porte Est, histoire de s’occuper et de se rassurer.
Bien que la tour à côté de la porte soit occupée par un homme, le poste de garde, lui, était désert. Inquiet, le Capitaine courut vers les tentes du quart Sud-Est afin de châtier le sergent responsable de cette partie du camp. Un silence de mort régnait dans la première tente. Loken s’avança et vit une chose qui lui glaça le sang. Ou plutôt quatre choses : le sergent et trois de ses soldats, poignardés. Il n’y avait aucune trace de lutte. Il resta abasourdi quelques secondes, puis se ressaisit : il tira son épée de son fourreau et courut prévenir le soldat posté sur la tour. Celui-ci se réchauffait à l’aide d’un petit brasier.

- Qu’est-ce que vous foutez ? Il y a un assassin parmi nous ! Je me charge d’avertir le Général en Second, donnez l’alerte !

*
**
Un ronflement fit sursauter Sclavo. Juste à côté de lui, un rebelle dormait d’un sommeil de plomb, la bouche grande ouverte, ses membres repliés sur lui afin de conserver sa chaleur. Décidément, Sclavo allait de surprises en coups de chances : il était tombé sur l’homme qui serait capable de dormir pendant un tremblement de terre, ou un raz-de-marée, et de faire plus de bruit que lui en dormant. Saisissant cette occasion, Sclavo s’agenouilla près du dormeur et sortit une dague de sa botte. Il plaqua sa main sur la bouche du soldat, contact humide et répugnant car il bavait, tout en lui pinçant le nez avec son pouce. L’homme se réveilla et tenta de se débattre mais le contact froid de la dague contre sa gorge le ramena à la raison. Il ronflait fort, mais au moins, il avait l’esprit lucide dès le réveil.

- Je vais te poser quelques questions, mais si tu t’avises ne serait-ce que de penser à appeler tes camarades… Murmura Sclavo en faisant une légère entaille au cou du rebelle, préférant laisser sa phrase en suspend. Cela faisait plus d’effet, comme un commerçant attendant le dernier moment pour annoncer à combien se montait le prix de sa marchandise. Vous avez un prisonnier, je veux savoir où il est, s’il va bien et si quelqu’un le garde.

Sclavo retira lentement sa main, laissant le rebelle aspirer une longue bouffée d’air salutaire.

- Tous nos prisonniers sont dans la tente la plus au nord-est du camp, juste sous une tour de garde. On a deux hommes pour les surveiller mais…

Sclavo replaça sa main sur la bouche du rebelle pour le faire taire.

- Vous avez plusieurs prisonniers ? Je cherche un membre de l’Ordre des Chevaliers Divins, dit-il avant d’ôter sa main.

- Je ne sais pas qui vous cherchez mais nous avons des paysans que nos chefs voulaient vendre comme esclaves, ou bien des nobles qui auraient pu nous rapporter une rançon… Mais…

Sclavo retint l’hérétique de parler à nouveau en serrant à nouveau sa main sur sa bouche et en appuyant avec plus de fermeté le tranchant de sa dague sur son cou. Il n’aimait pas ce qu’il venait d’apprendre. D’autres prisonniers ? C’était vraiment fâcheux, Sclavo devait récupérer un seul homme, un soldat aguerri et capable qui ne l’aurait pas trop gêné, mais avec en plus de lui des civils innocents, Sclavo était face à un cas moral. Il ne pourrait pas récupérer Emmerick seulement, s’il était détenu avec les autres prisonniers, ceux-ci allaient crier, implorer pour qu’il les sauve aussi, attirant l’attention sur la tente où ils étaient captifs. Et puis, Sclavo voulait se racheter une conscience, ce n’était pas en abandonnant des innocents à la mort par les flammes qu’il trouverait plus facilement le sommeil la nuit.

- Combien sont-ils ? Demanda-t-il en libérant sa prise sur le soldat. Et surtout ne t’avise pas de me mentir…

- Pas plus d’une dizaine, je vous le jure ! S’écria l’hérétique, la peur inscrite dans son regard. Je vous ai dit ce que vous vouliez savoir… Je ne parlerai de vous à personne… Je vais rester là et faire comme si rien ne s’était passé ! Ayez pitié, je viens de Budapest, j’ai une famille !

- Ces gens que vous souhaitiez vendre comme des objets avaient eux aussi une famille ! Répliqua sévèrement Sclavo avant de lui trancher la gorge.

Tandis que l’hérétique se vidait de son sang en poussant des râles presque inaudibles, ses cordes vocales ayant été tranchées, Sclavo s’avança dans la tente et regarda vers l’extérieur, du côté qui donnait sur le cœur du camp. Il pouvait presque voir la grande tente où se trouvaient les prisonniers, mais entre elle et lui, un espace découvert qui lui semblait immense. Les rebelles étaient justement là, à rire autour de leu feu de camp. Sclavo allait devoir faire le tour afin de passer inaperçu… A moins de créer une diversion mais après quoi, il allait devoir agir très rapidement. Mais il risquait également de compromettre la mission de l’autre membre de l’Ordre.
Il ne devait pas prendre le risque d’être repéré… Sclavo sortit de la tente et se mit à avancer le long du mur d’enceinte en descendant vers le sud. Après avoir dépassé quelques tentes, il arriva sous une tour de garde, dont la sentinelle ne semblait pas prendre son rôle très à cœur, il lui semblait même qu’elle somnolait. Remerciant le ciel pour n'avoir laissé dans ce camp qu’une poignée de soldats tous plus fainéants les uns que les autres, Sclavo passa la tour sans faire le moindre bruit et arriva au niveau du mur sud. Une autre tour se trouvait juste à côté de la porte sud, Sclavo se cacha derrière une tente mais s’il ne pouvait être aperçu par le garde de cette tour, celui de la précédente, bien que somnolant, pouvait très bien le repérer. Il jeta un coup d’œil sous la tente derrière laquelle il se cachait et y entra prestement en voyant qu’elle était inoccupée. Seules s’y trouvaient quelques jarres contenant de l’huile et un râtelier d’arme qui avait dû accueillir des vouges avant que les soldats ne partent à la bataille. Des bruits de pas provoquèrent un réflexe chez Sclavo qui s’abaissa et cessa de bouger. Une patrouille passait juste à côté de lui, mais il révisa son jugement : il n’y avait qu’un seul homme, peut-être une sentinelle qui avait terminé son quart et qui quittait son poste pour aller prendre du repos.
Sclavo saisit sa chance, il sortit un bras de la tente et attrapa par le col l’hérétique qui ne s’y attendait pas, et passa son bras autour du cou de rebelle, l’entraînant avec lui sous la tente. Il se mit ensuite à serrer de toutes ses forces, étranglant la sentinelle qui se débâtait avec force. Sclavo n’avait cependant pas eu le temps de voir que l’homme faisait une bonne tête de plus que lui et que son cou était aussi épais que les cuisses de Sclavo. L’homme luttait en grognant, frappant des coudes dans les côtes de Sclavo qui eut presque le souffle coupé. Redoutant que le colosse lui échappe, l’assassin passa ses deux bras autour du cou de l’hérétique. L’homme se débattit avec plus de rage encore, titubant dans la tente qui servait de dépôt, heurtant les tonneaux, les râteliers et les poutres qui tenaient en place l’édifice. Bientôt, tout le campement serait alerté tant ils devaient faire de bouquant pensa Sclavo. Paniqué, l’assassin souleva ses pieds du sol, qui de toute manière le touchaient à peine, le colosse le portant pratiquement dans son dos. Sclavo cala ses genoux presque au niveau des omoplates du rebelle et poussa pour donner encore plus de force à sa prise et tirer en arrière la tête de l’homme qu’il tentait d’étouffer. Il pouvait presque entendre les cervicales qui commençaient à craquer, cela aurait pu être tellement simple avec son poignard, mais il devait faire ça proprement. L’hérétique tomba à genoux, se débattant plus faiblement, manquant de plus en plus d’air, ses mouvements se firent plus lents et plus faibles, puis d’un coup, il s’écroula face contre terre, entraînant Sclavo dans sa chute. Ce dernier continua de serrer le cou de son adversaire pendant une dizaine de secondes puis relâcha le corps sans vie en poussant un soupire magistral.

*
**
Al Assel d’Al Minya attendit que l’officier qui l’avait apostrophé se soit éloigné avant de sourire. Les quelques gardes aux alentours avaient été faciles à éliminer, il disposait d’environ cinq minutes avant que la prochaine patrouille n’arrive à cet endroit. Il leur faudrait certainement plusieurs heures avant de retrouver les corps, et il avait suffisamment de temps avant que l’officier ne se rende compte que l’alerte n’avait pas été donnée.
Il commençait à descendre de la tour pour chercher la réserve, quand une tente au Sud-Ouest du campement s’enflamma. Que se passait-il ? Sûrement l’œuvre du nouvel assassin… Al Assel jura en Egyptien quand il réalisa qu’il devenait trop dangereux de chercher la réserve, et décida de se concentrer sur la recherche de documents. Ayant revêtu un uniforme ennemi, il passa inaperçu au milieu de tous les soldats du camp qui se dirigeaient vers le départ de feu en hurlant. Ces rebelles manquaient vraiment de discipline, mais il n’allait pas s’en plaindre maintenant ! Il arriva à la porte de la palissade qui gardait la tente centrale. Elle était ouverte et n’était gardée que par un homme. .L’assassin passa devant lui sans lui adresser un mot, puis se retourna brusquement pour lui planter son poignard entre les omoplates, un coup net et précis répéter des centaines de fois. Il cacha le corps dans un recoin de la palissade, croisa deux soldats en revenant près de la tente, et entra discrètement.

- Où est passé le Général en Second ? Hurlait Garviel Loken aux deux soldats présents dans la tente. Ceux-ci se regardèrent en hochant les épaules. Il n’a pas à traîner dans le camp avec le danger qu’il y a ! Allez le chercher et dîtes lui que je veux lui parler.

Les deux hommes s’exécutèrent. Loken se retrouvait seul dans la tente. Celle-ci était spacieuse et chaleureuse, bien plus que la sienne. Finalement, la disparition du Second n’était pas une si mauvaise chose… Le bruit de ses cervicales se brisant le tira de ses pensées, et il eut la chance de mourir avant de ressentir la moindre douleur.

Le corps de son ennemi tomba lourdement sur le sol et Al Assel commença ses recherches sans attendre. Après quelques minutes, il trouva dans un coffre caché, plusieurs parchemins. D’après sa lecture rapide, il s’agissait de cartes et de listes de noms, et d’autres documents qu’il n’eut pas le temps de lire ; un sinistre craquement s’était fait entendre et en sortant de la tente, il aperçut une tour en feu s’effondrer sur le mur, tuant plusieurs rebelles qui tentaient d’éteindre les flammes. Déjà celles-ci se propageaient aux tentes alentours, et Al Assel espéra que tout le camp partirait bientôt en fumée, car il n’avait pas eu le temps de trouver la réserve et ses précieuses jarres d’huile. Il se dirigea vers la porte Est qu’il trouva aussi déserte qu’il l’avait laissée un peu plus tôt, et il put s’enfuir sans être dérangé davantage.
Une fois éloigné du campement, l’assassin fut déçu de constater que le feu ne s’était pas étendu à toutes les tentes. Si seulement il avait eu le temps de trouver cette réserve… Cependant, ces brigands étaient trop occupés pour se lancer sérieusement à la poursuite des prisonniers évadés, si ceux-ci avaient réussi à s’échapper. Il se demanda si le nouvel assassin avait retrouvé Lord Emmerick. Après une courte réflexion, il conclut que la perte de ces deux hommes paraissait bien peu préoccupante...

*
**
Tendant l’oreille, s’attendant à chaque instant à entendre des hurlements et des hommes se ruer vers sa position, Sclavo attendit, puis, constatant que visiblement, sa lutte était passée inaperçue, il s’autorisa quelques instants pour frotter son corps qui devait être couvert de bleus à présent. Sclavo ôta sa cape et la jeta négligemment sur l’une des jarres à côté de lui et retira les vêtements de l’hérétique qu’il enfila par-dessus sa tunique, et ce ne fut pas avec joie qu’il le fit. Sclavo tenait beaucoup à sa cape et en plus, la tenue du défunt puait la transpiration et l’alcool. De plus, les vêtements du colosse ne lui allaient pas du tout, beaucoup trop larges pour lui, le plus flagrant était le pantalon qui trainait pitoyablement par terre. Sclavo dut retrousser ses manches ainsi que le bas de son pantalon et rentra sa chemise en loque dedans et attacha le tout à l’aide d’une corde trouvée dans un coin de la tente.
Il avait l’air d’un misérable mendiant, mais c’était un bon moyen pour se faufiler à travers le camp en passant le plus inaperçu possible. Rares étaient les rebelles portant un véritable uniforme ou une armure. Le plus souvent, ils portaient une cuirasse de cuir, mais dans la grande majorité, ils portaient des tenues disparates souvent sales et déchirées. Une fois les habits puants et poisseux enfilés, Sclavo sortit, laissant derrière lui le corps quasiment nu de sa victime avec juste sa cape pour le couvrir, en partie, puisque ses jambes dépassaient tant l’homme était grand.
Sclavo traversa le camp droit vers la tente où étaient supposés se trouver les prisonniers, se montrer prudent et avancer discrètement aurait paru trop suspect, mieux valait donc se montrer détendu et sûr de lui. Sclavo espérait seulement ne pas tomber sur l’autre membre de l’Ordre qui n’hésiterait pas à lui trancher la gorge s’il le surprenait seul. Il doutait de pouvoir le convaincre de sa bonne foi avant d’être égorgé. De plus, Sclavo devait marcher vite, tout en faisant garde à ce que ses vêtements trop grands ne se déplient, là où il avait fait des ourlets de fortune. Il aurait pu tenter de subtiliser une tenue plus à sa taille, mais le temps lui manquait et il préférait ne pas prendre à nouveau le risque d’une confrontation avec un autre hérétique.
Sclavo passa à quelques mètres des renégats qui ripaillaient autour de leur feu, c’est à peine s’ils posèrent un regard sur lui, il poussa un soupir de soulagement intérieur et arriva enfin devant la tente où devait se trouver les prisonniers. Le garde n’avait pas menti, il y avait trois hommes qui gardaient les prisonniers, attachés par les poings avec d’épaisses cordes à une poutre de bois au milieu de la tente. Des pieux maintenaient la poutre dans le sol pour ne pas que les prisonniers soient tentés d’unir leurs forces pour soulever le lourd tronc d’arbre auquel ils étaient attachés. Ils étaient huit, cinq hommes et trois femmes, tous vêtus en haillon afin qu’on les distingue aisément des soldats. L’un des hérétiques vêtu de mailles vociféra quelque chose mais Sclavo n’en saisit pas un traître mot, ça avait l’air d’un langage du nord, peut-être une langue germanique.

- Le Capitaine t’as demandé ce que tu voulais, t’es sourd ou juste stupide ? Traduisit en Italien l’un des soldats qui semblait avoir deviné que Sclavo ne comprenait pas la langue utilisée, et devinant ses origines latines en voyant les cheveux foncés de l’assassin. Tu n’as rien à faire là.

- Capitaine ? Répéta Sclavo avec un léger sourire, voila qui pourrait être utile à l’Ordre.

L’un des gardes s’approcha de Sclavo, l’air visiblement méfiant, mais cette expression disparut très vite, remplacée par la surprise et la douleur lorsque Sclavo dégaina son cimeterre d’un geste brusque et lui trancha la gorge. Le Capitaine s’apprêta à hurler mais Sclavo se jeta sur lui et le frappa à la tempe avec la garde de son arme. Le Germain s’effondra sans même pousser un gémissement, le dernier rebelle s’apprêta à attaquer Sclavo, mais l’un des prisonniers qui avait les jambes libres lui donna un coup de pied derrière les genoux, le faisant tomber à terre. Sclavo le réduisit au silence avant qu’il ne puisse se relever.
Proprement et en silence se félicita Sclavo. En plus, il ne s’était pas prit les pieds dans son froc, ce qui aurait été embarrassant devant les prisonniers. Le Capitaine remuait légèrement par terre, jurant à mi-voix dans sa langue incompréhensible, Sclavo devinait qu’il s’agissait de jurons vu le ton qu’il y mettait. Il alla lui aussi le réduire au silence mais d’un coup de pied en plein visage.
Sclavo eut la joie de voir que les prisonniers avaient eu la bonté de ne pas se répandre en louanges ou en suppliques bruyantes qui auraient attiré les gardes, ils étaient conscients qu’ils devaient se faire discrets. Sclavo reconnut l’homme qu’il devait sauver, repérant la cicatrice particulière d’Emmerick. Il n’avait pas l’air d’être en trop mauvais état, tandis qu’il coupait ses liens, Sclavo lui expliqua qui il était et pourquoi il était ici.
Les autres prisonniers commencèrent à s’agiter, certains comprenaient manifestement le français et avaient traduit à leurs camarades que sa mission n’avait pour but que de sauver Emmerick, et qu’eux allaient rester ici. Cependant, Sclavo s’y refusait, il avait rejoint l’Ordre des Chevaliers Divins pour racheter ses crimes, non pas pour en commettre d’autres en laissant des innocents périr dans les flammes qui allaient bientôt ravager le campement. De plus, il voulait rapporter le Capitaine rebelle à ses supérieurs et il doutait qu’il se montre coopératif et descendant le mur par la corde avec laquelle il s’était infiltré, il allait avoir besoin de bras supplémentaires.

Sclavo demanda à Emmerick de détacher les autres prisonniers et d’armer ceux qui étaient en état de se battre avec les armes des gardes tout en gardant un œil sur le Capitaine qui commençait déjà à reprendre ses esprits. Sclavo sortit de la tente et refit le chemin inverse, traversant encore une fois le camp dans sa diagonale. Les jarres d’huile, s’il y mettait le feu, il aurait une belle diversion pour s’enfuir sans attirer trop l’attention sur lui et les prisonniers pendant qu’ils s’échapperaient par la porte nord à l’autre extrémité du camp. Sclavo arriva à la tente où il avait laissé le cadavre du rebelle à qui il avait emprunté son uniforme. Il n’y avait que deux jarres d’huile, ce ne devait pas être la réserve principale, il pouvait donc la sacrifier sans rendre impossible la mission de son collègue, il espérait juste qu’il ne lui en voudrait pas trop d’avoir en partie gâché sa mission… Tout de suite, Sclavo sut que oui, l’autre assassin allait beaucoup lui en vouloir.
Par chance, il y avait une torche devant la tente, il s’en saisit et renversa les deux jarres qui répandirent leur contenu sur le sol et le corps. Sclavo sortit de la tente de l’autre côté, celui qui donnait sur le mur d’enceinte et jeta la torche à l’intérieur, l’huile s’enflammant immédiatement. Des flammes s’élevèrent et embrasèrent presque toute la tente d’un coup. Sclavo s’en éloigna rapidement, presque en courant tandis que des hurlements retentirent dans tout le camp, des rebelles accourraient de tous les côtés et se massaient autour de l’incendie, sans savoir quoi faire. Sclavo repassa par le centre du camp en espérant ne pas attirer l’attention des hérétiques, il arriva juste devant la tente des prisonniers, mais derrière lui, un rebelle le regardait étrangement, Sclavo lui rendit son regard et vit ce qu’avait remarqué l’hérétique. Du sang maculait l’une de ses jambes, il avait dû recevoir des projections lors de son combat. Sclavo entra dans la tente et ordonna à tous de se préparer à sortir et de le suivre, ceux qui ne comprirent pas devinèrent que les choses allaient se gâter. Le capitaine avait été bâillonné avec un morceau de tissu et ses mains étaient liées par une corde qui, il n’y a pas si longtemps, maintenait prisonnier un innocent. Tous sortirent en même temps, presque tous les hérétiques étaient à l’autre bout du camp à observer impuissants le brasier qui commençait peu à peu à s’élever dans le ciel et s’étendait aux autres tentes. Au moins se dit Sclavo, l’autre membre de l’Ordre aurait moins de travail… Même s’il savait pertinemment que cela le rendrait sûrement furieux.
Mais l’hérétique qui l’avait regardé était toujours là. Sclavo prit son arc et décocha une flèche aussi rapidement que possible. Le rebelle avait eu le temps de hurler pour prévenir ses compagnons. Malheureusement pour lui, son cri se perdit parmi ceux des autres hérétiques et la flèche de Sclavo l’atteignit en plein cœur. L’homme s’écroula sans que ses camarades autour de lui ne lui prètent attention, tous occupés à se ruer vers les réserves d’eau afin de tenter de stopper la progression des flammes qui venaient de rencontrer manifestement une autre réserve d’huile, une énorme colonne de feu s’élevant dans le ciel lorsqu’une tente fut touchée par l’incendie.
Les prisonniers menés par Emmerick et Sclavo se précipitèrent vers la porte nord, maintenue fermée par une poutre qu’ils n’eurent aucun mal à retirer. Les portes s’ouvrirent et les prisonniers commencèrent à détaler comme des lapins vers la liberté, les deux hommes du groupe portant le Capitaine rebelle aussi, Emmerick restant à proximité au cas où le prisonnier n'eut tenté de se libérer. Mais leur fuite n’était pas longtemps passée inaperçue, des rebelles hurlaient et les pointaient du doigt. Déjà, certains couraient vers eux, mais ils étaient loin. Sclavo resta à la porte, brandissant son arc et décochant ses flèches sur les hérétiques. Il en abattit quatre avant que les autres ne soient trop près et qu’il ne prenne la fuite à son tour.

Il courut aussi vite que possible et rattrapa Emmerick, les autres prisonniers, ainsi que le Capitaine rebelle qui semblait fort contrarié. Au moins, on ne pouvait pas dire que Sclavo rentrait les mains vides. Mais la route était encore longue vers le campement de l’Ordre des Chevaliers Divins. Sclavo et les autres se mirent en marche, abandonnant derrière eux le camp des rebelles d’où une fumée noire commençait à s’élever. Fort heureusement, les rebelles ne semblaient pas vouloir les poursuivre, trop occupés à regarder leur camp partir en fumée. Très bientôt, ils auraient également à se soucier de la cavalerie de l’Ordre, qui ne tarderait pas à passer par là pour en finir avec les restes de l’armée rebelle.
Sclavo se mit à repenser au Lieutenant De Lorraine et à son fameux « Si vous revenez... ». Oui, Sclavo revenait et il en remercia le ciel, même s’il se demandait avec appréhension si l’officier allait lui ordonner de mettre tout cela par écrit…


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MessageSujet: Re: Tome I   Jeu 21 Juil - 1:59

Chapitre II :
Une Bataille de Sang et de Gris.


Adrian Gordon était un jeune homme dans la fleur de l’âge, d’origine écossaise. Il venait de rejoindre l’Ordre peu connu des Chevaliers Divins, sous les conseils de son père spirituel, l’évêque Albéric d’Oslo, celui-ci l’ayant encouragé à servir Dieu, à mettre sa force au service de la chrétienté, et à toute faire pour reprendre la Terre Sainte aux musulmans.

Le jeune highlander, conformément aux souhaits de son mentor, se mit dans l’idée de rejoindre les templiers, mais ne parvint pas à intégrer leur rang. En effet, ceux-ci obligeaient chacun des nouveaux venus à renoncer à leurs richesses et à leurs titres. Hors, bien que l’appellation fût purement nominative, Gordon demeurait Lord de Falkirk. Refusant de renier un héritage obtenu à la sueur du front de ses ancêtres, l’Ecossais avait préféré renoncer à son projet, bien que le comté duquel il se considérait propriétaire eut, depuis des années, perdu toute autonomie et ait été placé sous la tutelle de la Couronne d’Angleterre.

Adrian ignorait tout de ce fait, de la même manière dont il ignorait beaucoup de choses sur le monde, ne connaissant rien d’autres que ce que lui avait appris son tuteur, ancien prêtre de guerre nordique ayant longtemps porté les armes. Le danois avait enseigné à son protégé l’art du combat, l’amour de Dieu et le respect de ses commandements, tout en voilant une bonne part du passé du garçon qu’il avait recueilli tandis que celui-ci n’avait que cinq ans.
Durant les quinze années suivantes, Albéric avait éduqué comme son propre fil le garçonnet qui, rapidement, avait montré un talent particulier pour l’équitation et l’art de manier l’épée, mais aussi pour la littérature, les récits antiques constituant une source d’émerveillement continue pour l’enfant.

Au fil des années, le jeune homme était devenu une véritable force de la nature, surplombant la majorité de ses semblables et dont la force surprenait toujours : le travail ainsi que le maniement des armes avait fini par constituer une musculature étonnamment puissante pour l’Écossais. Pourtant, malgré tout son amour, le vieillard avait continué à mentir, préférant taire la révolte dont s’était montrer coupable son ami, Arthur MacGordon, le père d’Adrian, un chef de clan écossais ayant choisi de se rebeller contre l’autorité du roi anglais qui empiétait chaque jour d’avantage sur ses terres. L’infortuné rebelle avait été vaincu, et ensuite pendu publiquement face à la foule en liesse.
Les soldats du roi anglais avaient en suite détruit la demeure familiale des Gordon, une simple ferme fortifiée. Le Comté avait ensuite été annexé, tandis qu’Albéric, qui avait déjà tenté de décourager son ami quand celui-ci l’avait mis au courant de ses projets, emportait le jeune Adrian bien loin de sa terre natale.

Le jeune garçon n’avait pas assisté à la destruction de tout ce qui constituait son monde. En effet, il était en voyage avec son futur mentor qui avait, sous les ordres de son père, choisi de l’emmener visiter la magnifique ville de Dublin. La prudence d’Arthur MacGordon avait permis à son fils de survivre, tout en évitant les répercutions des actes de son père, mais l’avait condamné à un futur terni par le mensonge. Albéric avait prétendu que des pillards, des rebelles sanguinaires avaient attaqués le Comté, et que le Lord était mort dans la plus grande gloire.
La haine d’Adrian vis-à-vis des rebelles provenait principalement de ce fait. En réalité, il haïssait tout ce qui était contraire à l’ordre. Ce jeune homme discipliné et pieux refusait que des anarchistes cherchent à détruire ce qu’ils ne pouvaient qu’envier sans jamais comprendre : la religion et plus encore la noblesse.

L’Écossais avait donc rejoint l’Ordre avec d’autant plus d’enthousiasme que celui-ci luttait bien davantage contre les rebelles : voleurs, pillards, routiers et renégats, que contre les infidèles. Car en réalité, Gordon ressentait moins de mépris envers les âmes égarées des musulmans que contre ceux qui se prétendaient catholiques mais se comportaient tels des suppôts de Satan.
C’était dans un état d’esprit aussi vengeur que pieux que le géant venu du nord rejoignit l’Ordre, n’ayant aucun mal à être recruté en tant que membre de la cavalerie lourde : le simple fait qu’il possède sa propre monture avait suffi à ce qu’il intègre cette unité.
En effet, Adrian montait un magnifique Shire noir, cadeau de son mentor. L'Écossais ressentait une vive amitié pour ce véritable monument qui lui ressemblait tellement : grand, toujours prêt à se rendre utile, volontaire et d’une grande tendresse. Mais aussi puissant, redoutable. La rumeur voulait que nulle armée n’ait jamais su arrêter la charge d’une cavalerie constituée de ces forces de la nature.

L'Écossais avait aussi son propre équipement, ce qui était rare pour les nouvelles recrues, d’autant plus que celui-ci était peu orthodoxe. Gordon maniait en effet la claymore, l’épée traditionnelle écossaise et ce, même à cheval. Il fallait une force considérable pour manier une telle lame d’une seule main, mais le highlander s’y entraînait depuis des années.
Adrian maniait aussi la lance, et était protégé par une cotte de maille intégrale, recouverte du tabard de l’Ordre, qu’il avait tout de fois modifié légèrement. Albéric lui avait cousu le blason familial à l’emplacement du cœur, le jour où il lui avait d’ailleurs offert la claymore qui, selon lui, avait appartenu à Arthur MacGordon.

L’Écossais s’était rapidement fait une place dans l’Ordre, s’intégrant facilement ; les nouvelles recrues avaient pour la plupart son âge, et n’avaient aucune expérience du combat. Ils étaient pour la plupart convaincus qu’ils n’auraient aucun mal à triompher des infidèles, grâce à l’aide de Dieu, et s’imaginaient déjà en train de libérer Jérusalem. La bonne humeur et l’enthousiasme d’Adrian lui permirent de nouer quelques solides amitiés, sa jovialité était aussi connue de tous ses compagnons, ainsi que son amour de la bière. Les officiers appréciaient aussi la volonté et la rigueur du jeune homme : toutes les conditions étaient donc réunies pour qu’il se plaise au sein de l’Ordre.

Il fallut plusieurs mois pour qu’Adrian soit envoyé avec le reste de son régiment dans l’une des armées principales de l’Ordre, mais il fallut bien moins de temps pour que la recrue ait l’occasion de livrer son premier combat. La première bataille de Gordon fut celle du 28 novembre 1151. L’Ordre devait alors faire face à une armée assez imposante de rebelles. Cependant, il bénéficiait d’une cavalerie supérieure et d’une discipline inflexible.
Les armées étaient déjà en position quelques jours avant l’affrontement, et rapidement, la mission de l’unité d’Adrian fut fixée. Le capitaine du bataillon l’expliqua à ses hommes : ils devaient simplement, au moment où un cor bien spécifique résonnerait, contourner l’infanterie pour s’en prendre aux archers avant de finalement, prendre à revers la piétaille.

Le highlander attendait le combat avec impatience, il était nerveux mais heureux à la fois. Enfin il aurait l’occasion d’affronter ses ennemis. Il priait avec ferveur Dieu afin qu’il le protège dans le combat, lui et ses compagnons. Il fit vœu aussi de ne plus boire avant la fin des combats, de manière à se mettre la providence dans la poche. Le zèle religieux du nordique impressionna certains de ses camarades qui eux aussi quémandèrent la protection divine, mais aucun avec autant de ferveur qu’Adrian qui, habitué à la vie monacale, priait cinq à six fois par jour.

La tension était palpable dans le campement de l’Ordre, notamment dans l’infanterie, qui au vu des forces en présence, risquait de subir des pertes considérables. Les chevaux eux-mêmes étaient angoissés. Certains devenaient même agressifs. Gordon s’appliquait au mieux à les calmer : il était en effet reconnu pour la confiance immédiate qu’il inspirait aux équidés.
Le jour précédent le combat, tandis que bien des soldats s’enivraient, Gordon respectait son serment et demeurait en compagnie de son cheval, de telle manière que, galvanisé par la puissance de la bête, il rejoignait sa couche le cœur confiant.

Les forces de l’Ordre furent positionnées dès l’aube, le Commandant en personne accomplissait une petite tournée d’inspection, motivant ses hommes, tentant de les décrisper. Il salua vivement le Capitaine de l’unité d’Adrian avant de souhaiter bonne chance à tout le monde, son regard s’attardant un moment sur le géant qui surplombait la masse d’homme. L’officier, selon Gordon, n’était pas un idiot, loin de là. Il avait en effet choisi l’emplacement de ses soldats selon des dispositions stratégiques, l’ennemi n’avait pu que s’adapter. Ainsi les archers étaient placés légèrement en hauteur comparés à ceux de l’adversaire et avaient le soleil dans le dos, de manière à compliquer encore plus la visée des ennemis.
Enfin, l’instant fatidique arriva. Le cor résonna avec puissance et le Commandant fit entrer en mouvement l’ensemble de la cavalerie, tout en brandissant un drapeau aux couleurs de l’Ordre. Il fit un signe à notre Capitaine et celui-ci s’élança au galop. L’unité entière de Gordon suivait l’officier tandis que les autres groupes restaient en place : ils avaient pour rôle de défendre les archers contre les cavaliers rebelles.

Adrian et ses compagnons accomplirent un large détour, contournant l’ennemi tout en demeurant hors de portée des flèches. Se méprenant sur l’intention des chevaliers, un certain nombre de fantassins ennemis lancèrent des injures et se moquèrent ouvertement de ceux qu’ils pensaient être des fuyards. Ce fut l’occasion pour l’Écossais d’analyser un peu les rangs ennemis. Ses adversaires avaient l’apparence de montagnards, rustiques mais peu équipés, davantage des bûcherons que des soldats. Ils seraient néanmoins dangereux : ces hommes appartenaient à une race d’hommes rudes et habitués à l’adversité.
Enfin, les archers situés à l’arrière de l’armée furent visibles, fortement isolés des fantassins qui avaient commencé à progresser vers les soldats de l’Ordre. Adrian sentait son cœur battre à tout rompre, tenant d’une main sa lance. Il suait abondamment et se sentit soudain effrayé. Mais rapidement, il reprit le contrôle de lui-même, tout en se remémorant les serments qu’il avait prononcés. Dieu était à ses cotés.

L’heure de la charge avait sonné. Le Capitaine de la troupe, levant son étendard, hurla la devise de l’Ordre, « Fortes in Fides », imité par chacun des cavaliers qui dégainèrent leurs lames ou ajustèrent leurs lances, tout en talonnant frénétiquement leurs montures. Les archers, pris de terreur devant cet assaut imminent, prirent la fuite. Plutôt que de chercher refuge auprès de l’infanterie, déboussolés, ils s’isolèrent encore davantage en courant dans la direction opposée, rendant leur situation plus désespérée encore.
Tel un oiseau de proie, la cavalerie fondit sur cette proie facile. Adrian, sa lance d’une main, cherchant une cible, porta un coup puissant, semblable à celui d’un chasseur frappant un sanglier. Mais bien mal lui en prit. En effet, il manqua de peu d’être désarçonné : l’arme avait si bien pénétrée la chair qu’en voulant l’ôter, Adrian avait été déséquilibré, la vitesse de la monture n’aidant en rien.

L’Écossais se redressa promptement, effrayé par cette erreur qui aurait pu lui coûter très cher. Il retint néanmoins la leçon, car frappant directement le haut du corps d’un archer, il parvint à l’occire sans pour autant frapper fort. La pointe de la lance était en effet suffisamment pointue pour infliger des blessures mortelles avec pour seule force la vitesse du cheval. En un instant, les tirailleurs avaient été décimés par la puissante troupe de l’Ordre qui semblait vouloir poursuivre les rescapés. Mais le Commandant regroupa ses soldats, s’empressant de réordonner sa formation. Le temps pressait, car la cavalerie rebelle avait engagée le combat contre les chevaliers de l’Ordre qui se trouvaient en sous nombre du fait de l’absence de l’unité d’Adrian.
L’unité du Commandant, bien que mieux protégée et entraînée, semblait avoir bien du mal face à leurs adversaires plus nombreux. Les cavaliers furent heureusement rapidement rejoins par leurs compagnons. Le géant écossais suivait de près son capitaine, qui fut le premier à prendre la vie d’un adversaire à cheval. Adrian frappa quant à lui un homme dans le dos. Retirant sa lance d’un coup vif, il s’empressa d’empaler un autre ennemi qui pointait son épée dans sa direction. Soudain, une vouge frappa violemment le heaume du highlander qui eut la chance de n’être qu’un peu assommé. Cependant, un puissant coup de bouclier l’envoya à terre.

Le nordique tenta de se relever malgré le choc plutôt rude. Il vit son agresseur devant lui, se servant de sa lance tel un javelot. L’hérétique manqua de peu de transpercer le colosse qui esquiva difficilement, la pointe de l’arme parvenant néanmoins à endommager la cotte de maille au niveau des flancs.
L’adversaire, dégainant son épée, talonna vivement sa monture, cherchant à terminer son travail, quand une lame parvint à le transpercer dans le dos. Adrian s’empressa de rejoindre sa monture qui cherchait à fuir mais ne parvenait pas à se frayer un chemin dans la mêlée. S’appuyant sur la dépouille d’un cheval, le géant parvint à se remettre en selle.

Se débarrassant de son heaume, le jeune homme remercia de la tête le soldat qui avait terrassé son opposant, avant d’empoigner sa claymore. A cet instant, une vive douleur se fit ressentir. En effet, la vouge avait finalement réussi à entailler longuement la hanche du nordique. Serrant les dents, celui-ci parvint à frapper de taille un adversaire qui passait au galop à coté de lui. L’homme fut presque coupé en deux, emporté par sa vitesse. Il s’était pratiquement suicidé, il n’était pas le seul à chercher à fuir : les hérétiques disposant de montures et ayant été pris en tenaille avaient été massacrés et tentaient maintenant en vain de s’échapper.
Le Commandant, d’une voix forte, ordonna aux cavaliers encore en état de le suivre, les blessés graves devant quitter le champ de bataille. Les autres allaient contourner l’infanterie ennemie comme le prévoyait la stratégie et ce, de manière à soulager les fantassins de l’Ordre qui semblaient avoir bien du mal à résister.

Hésitant un instant, Gordon se joint aux attaquants, refusant de se déshonorer en fuyant un combat sur le point de s’achever. Parvenant difficilement à tenir le rythme soutenu de ses compagnons, l’Écossais réintégra son unité qui avait été chargée d’attaquer le flanc gauche de manière à déstabiliser les ennemis avant l’ultime charge qui devait être accomplie dans leurs dos. Le Capitaine voulut renvoyer le blessé, l’insultant vivement. Celui-ci ne réagit pas, se contentant de sourire. Un instant après, une nouvelle mêlée s’engageait et qui ne tarderait pas à voir la victoire écrasante de l’Ordre ; les hérétiques, frappés de côtés, étaient particulièrement vulnérables.

Frappant alternativement de gauche à droite, le géant parvint à atteindre plusieurs adversaires, au prix d’énormes efforts, fauchant leurs têtes en étant pratiquement à l’arrêt, poussant des cris de guerre tout en cherchant à ne pas tomber de sa selle. Pendant ce temps, le flanc droit entier commençait à se disloquer, quand le Commandant frappa telle que la foudre les arrières de l'ennemie. L’armée adverse était balayée, un mouvement de terreur collective suivit l’assaut, et bientôt, les lâches hérétiques prirent tous la fuite. La majorité étant massacrée sur place, l’implacable Commandant ordonna aux cavaliers de traquer les rebelles jusqu'à l’extermination.
Adrian préféra cette fois, prendre quelques instants de repos en retournant au camp : massacrer des hommes désarmés était certes un moyen d’éviter de nouvelles batailles, mais aux yeux du jeune homme, cela impliquait aussi de renoncer à l’honneur.

Retournant doucement vers le campement, le nordique croisa plusieurs de ses compagnons : nombres d’entre eux étaient blessés. Il apprit aussi la perte de nombreux soldats qu’il côtoyait depuis son entrée dans l’Ordre. Le cœur serré, l’Écossais pensa qu’il devrait adresser une prière pour chacun de ses braves qui avaient eu moins de chance que lui.
Pourtant, il semblait que bien que de nombreux soldats ayant été plus ou moins meurtris, le nombre de combattants ayant perdu la vie était relativement faible. La victoire s’était conclue par la destruction totale des fugitifs, et celle-ci était donc totale. Les talents tactiques et la vaillance du Commandant, qui répondait au nom d'Édouard de York, semblaient avoir permis à eux seuls, le succès de l’Ordre.

Après avoir confié sa monture à un écuyer, Adrian regagna la partie du camp réservée aux chirurgiens où il resta de longues heures. Sa blessure ne nécessitant pas des soins immédiats, l'Écossais laissait avec joie sa place à ceux qui en avaient davantage besoin.
Pendant ce temps là, le highlander eut la joie de revoir l’homme qui lui avait sauvé la vie, un danois du nom de Siegfried Staufen. Véritable stéréotype du viking, ce solide gaillard ressemblait bien fort à l’Écossais auquel d’ailleurs il promit quelques pintes autour du feu, une fois la blessure soignée.

Adrian d’ailleurs se révéla bien moins vaillant qu’à son habitude durant les jeux à boire. En effet, il avait été déjà passablement enivré par le médecin avant que celui-ci ne désinfecte sa blessure, et la longue prière qu’avait prononcé le jeune homme avant de rejoindre son nouvel ami avait continué à l’endormir un peu. Aussi, après quelques bières, le géant rejoignit sa couche. Harassé mais heureux et résolu, le jeune écossais avait accompli son devoir de chrétien et comptait toujours bien faire son possible pour que le merveilleux Ordre des Chevaliers Divins, un jour puisse faire à nouveau régner la paix en Terre Sainte.
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Le-Nain
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MessageSujet: Re: Tome I   Ven 22 Juil - 0:48

Chapitre III :
Rajka.



Envoyé en éclaireur, un petit groupe de chevaliers arrive dans un petit village du nom de Rajka, régulièrement attaqué par un seigneur bandit et ses hommes. Les chevaliers vont décider de défendre les villageois hongrois au péril de leur vie tandis que deux agents se chargeront d'exécuter le chef des brigands, allant jusqu'à infiltrer sa demeure pour rendre justice.


Après la dernière bataille où l’Ordre avait dominé assez nettement mais non sans mal les rebelles de la Koalition der Gerechten, seul le Sergent Otto Von Kassel n’était guère de bonne humeur : malgré la victoire, son visage arborait un air maussade. En effet, ce jeune guerrier germanique au talent indéniable n’aurait même pas le temps de profiter de cette victoire puisque le Commandant Édouard de York l’avait convoqué pour l’informer de ses prochaines obligations. De toute façon, il n’avait vraiment pas envie de fêter cette bataille, lors de laquelle son ami et compagnon de toujours, Locktar, était décédé. Ainsi, Otto devrait repartir dans seulement deux jours à la tête d’un petit groupe de soldats envoyé en éclaireur vers les tristes collines hongroises. Jusque là, le Germain n’avait aucune raison de se plaindre mais un sentiment de colère et d’abattement l’envahit lorsqu’il apprit que lui et la vingtaine d’hommes qu’il commanderait devraient faire la route à pied. Comme si les soldats n’étaient pas déjà assez fatigués après cette âpre bataille…

De plus, les ordres qu’avait reçus Otto demeuraient assez obscurs : il devait juste s’assurer que la route qu’emprunterait dans quelques jours l’armée de l’Ordre, était bien sans danger. Dans le cas contraire, ce serait à lui et ses hommes d’améliorer la situation dans cette zone. Il disposait pour cela d’un mois pour accomplir du mieux qu’il pouvait la mission, avant de retourner faire son rapport au Commandant. Pour résumer, le Sergent Von Kassel était convaincu que ses supérieurs venaient de décider de sacrifier quelques soldats simplement pour avoir une idée d’une potentielle menace rebelle et des dommages qu’elle pourrait éventuellement infliger à l’Ordre. Mais il savait qu’il n’avait pas le choix et que cette mission était plus que nécessaire pour garantir la sécurité et optimiser l’efficacité de l’armée de l’Ordre.

C’est donc dans cet état extrême d’épuisement, aussi bien physique que moral, avec quantités d’interrogations quant à sa mission à venir qu’Otto Von Kassel regagna sa tente pour profiter d’une bonne nuit de sommeil qui s’annonçait agitée pour le Sergent. Le lendemain serait une journée très chargée allant de la réquisition d’une quantité non négligeable de provisions à la recherche d’une vingtaine de soldats encore en bonne forme et motivés pour un mois de marche à pied dans un environnement jugé plutôt hostile. Otto avait déjà hâte d’en finir avec cette mission de reconnaissance…

*
**

Adrian Gordon était retourné sur le champ de bataille où, la veille, les rebelles avaient été mis en déroute par l’armée de l’Ordre des Chevaliers Divins. Depuis déjà quelques heures, l’Écossais se baladait parmi les cadavres à la recherche d’éventuels survivants, qu’ils aient combattu pour l’Ordre ou pour la Koalition der Gerechten. Il put néanmoins constater que la majorité des morts présents ici étaient ceux de ses ennemis, rendant compte de la nette victoire de l’Ordre. Les défunts soldats de l’Ordre commençaient déjà être enterrés individuellement, tandis que les corps des rebelles reposeraient tous ensemble dans une fosse commune si certains avaient le courage d’en creuser une. Sinon, on les brûlerait pour éviter les maladies. L’assaut s’était déroulé comme prévu pour Adrian et son unité : lors de sa première bataille au sein de l’Ordre, ce géant avait semble-t-il fait ses preuves, certains officiers ayant déjà remarqué ce talentueux guerrier qui d’ailleurs, ne passait que rarement inaperçu.

L’un de ces officiers n’était autre que le Sergent Otto Von Kassel qui avait ce jour-là, expressément besoin d’une vingtaine de volontaires pour constituer son escouade. Le Germain et l’Écossais avaient tous deux combattu au sein de la cavalerie la veille, et ce dernier avait déjà tapé dans l’œil de son supérieur. Ainsi, malgré sa blessure encore douloureuse et qui n’était pas totalement cicatrisée, Adrian se retrouva à préparer ses maigres affaires pour partir en exploration pendant un mois. Au contraire du Sergent, Adrian n’était pas mécontent de repartir si tôt en mission, sa monture ayant besoin d’être le plus souvent en action pour garder une forme optimale.
Ce soir là, Adrian ne s’arrêta pas prendre un verre avec ses compagnons de la cavalerie qui continueraient encore quelques jours à fêter la victoire de l’Ordre. Il se rendit directement à sa tente où il espérait trouver rapidement le sommeil : sa mission à venir ne s’annonçait pas de tout repos avec un départ du camp de l’Ordre dès l’apparition des premières lueurs du jour.

*
**

Armé d’une hallebarde dérobée au cadavre d’un ancien brigand et de sa fidèle claymore, Adrian se rendit le lendemain, à l’aube, à la sortie du camp de l’Ordre, où devaient se rejoindre ceux qui bientôt seraient sous les ordres d’Otto Von Kassel pendant plusieurs jours. Ce dernier, comme une quinzaine d’autres soldats, était déjà présent lorsque Gordon arriva, qui salua le Sergent. Celui-ci lui apprit qu’ils devraient être une vingtaine, peut-être un peu plus si personne ne manquait à l’appel. Il l’informa aussi que leur mission consisterait à s’assurer qu’aucune armée ennemie ne se trouvait dans le périmètre défini, et à déjouer les éventuelles tentatives d’embuscades sur les différents chemins que pouvait emprunter l’armée de l’Ordre. Au même moment, les derniers hommes attendus venaient se présenter au Sergent et le groupe de Chevaliers se mit en route.

Von Kassel semblait encore plus énervé et fermé que deux jours auparavant. En effet, le Lieutenant Bertrand De Lorraine avait demandé à le voir la veille pour l’informer que deux assassins de l’Ordre qu’il avait lui-même choisis accompagneraient Otto et son escouade dans leur exploration des terres hongroises. Ce fut un coup dur porté au Sergent qui se méfiait et craignait les assassins, même si ceux-ci faisaient partis de son camp : un assassin pouvait retourner sa veste à chaque instant selon lui. En tout cas, ces deux là ne dérogeaient pas à la règle et faisaient froid dans le dos. L’un d’eux, répondant au nom de Sclavo Daleva, était d’origine vénitienne et portait un arc. Otto n’avait jamais vraiment aimé les vénitiens, mais au moins, celui-là était européen, pas comme son collègue. Il s’agissait en fait d’un musulman syrien, plutôt réservé. Il venait de rejoindre les rangs de l’Ordre et n’avait encore pas dit le moindre mot. Peut-être était-il muet pensa le Sergent qui n’avait toujours pas connaissance du nom de l’assassin qui se prénommait en fait Al Assel d’Al Minya.

De toute façon, cela n’avait pas d’importance pour Otto, les derniers jours ayant été trop amers à son goût. Le sang, la violence et la tristesse. Oui ces mots résumaient assez bien la précédente bataille. Le sang, il n’avait cessé de couler tout au long de cette triste journée. Les hommes étaient redevenus quelques temps à l’état animal : tuer, toujours tuer, ils ne pensaient alors plus qu’à cela. La seule chose désormais, qui retenait Otto dans l’Ordre des Chevaliers Divins, était la vengeance : il devait son ami Locktar. Locktar... Rien qu’en y repensant, une immense tristesse envahit son esprit. Le temps était à l’image de son humeur : en ce 30 Novembre 1151, il n’avait cessé de pleuvoir, une pluie fine et glaciale.

Durant la totalité du voyage, personne ne parlait ou presque, et seulement pour évoquer des sujets essentiels qui ne pouvaient attendre. Aucun soldat n’osait briser ce silence et Adrian Gordon aussi se montrait peu loquace, profitant pleinement de ces moments de calme et de sérénité qui tranchaient avec la progression difficile du groupe dans la boue hongroise. On aurait presque pu penser être en train d’assister à un cortège funèbre tellement les soldats avançaient tristement à travers les collines, les champs hongrois depuis déjà plusieurs jours. D’ailleurs, dans ces conditions, quelques hommes tombés malencontreusement sur ce terrain difficile n’avaient pas échappé aux blessures : l’un d’eux s’était même foulé la cheville le dixième jour et il se reposait sur son frère Warren pour avancer. Bien évidemment, cela ralentissait un peu le groupe ce qui ne plaisait guère au Sergent Von Kassel et l’agaçait fortement même s’il n’aurait jamais envisagé d’abandonner le plus faible de ses hommes.

Enfin, après plus d’une quinzaine de jours de marche et alors que la nuit commençait à tomber, les éclaireurs improvisés s’apprêtaient à s’arrêter pour monter leur camp comme chaque soir suivant une longue et éprouvante journée de marche. Otto Von Kassel demanda juste à ses hommes un dernier effort pour atteindre le sommet d’une butte, cinq cents mètres plus haut. Personne ne broncha et quelques minutes plus tard, tous parvinrent à gravir cette modeste côte. Les faibles lumières qu’ils aperçurent ensuite en contrebas les émerveillèrent : ils n’étaient plus très loin de ce qui semblait être un petit village hongrois. A cette vue, le moral d’Otto remontât quelque peu et il harangua ses compagnons qui, malgré la fatigue, étaient de nouveau motivés pour reprendre à l’idée qu’ils pourraient passer la nuit dans ce village et non plus dans un des nombreux marécages hongrois.

Le groupe s’approcha prudemment alors qu’il pénétrait par une large entrée dans le village entouré par une frêle palissade en bois. Les soldats, Otto en tête et Adrian juste derrière, avancèrent dans l’obscurité en jetant des regards autour d’eux pour prévenir toute embuscade. Soudain, ils entendirent un bruit, sûrement des villageois qui couraient. Instinctivement, chacun sortit ses armes et se retourna vers la porte par laquelle ils étaient entrés : celle-ci était désormais obstruée par une bonne centaine d’hommes. Ceux-ci étaient armés de fourches ou de faux mais il semblait terrorisé, malgré leur nombre important et n’osaient s’approcher des soldats de l’Ordre. D’ailleurs, leur mine faisait froid dans le dos. Face à face, les deux camps se jaugeaient, personne n’effectuant le moindre mouvement de peur de provoquer l’adversaire. Cela dura plusieurs minutes, alors que la quasi-totalité du reste des villageois s’amoncelait autour de la place centrale du village, par curiosité, pour assister à cette improbable confrontation. Et puis finalement, un homme de haute stature qui semblait être le chef du village s’avança et parcourut les quelques dizaines de mètres le séparant des soldats de l’Ordre.

- Qui êtes-vous ? Demanda-t-il durement, ne voulant pas laisser paraître sa crainte à la vue de l’équipement des troupes de l’Ordre et de leur professionnalisme.

- Nous sommes un groupe d’éclaireurs appartenant à l’Ordre des Chevaliers Divins ! Dit Otto Von Kassel d’un ton grave en s’avançant légèrement vers son interlocuteur. Nos intentions sont pacifiques et nous ne désirons que passer une nuit au chaud en attendant de repartir demain matin. Nous ne vous voulons aucun mal mais je vous conseille de baisser vos armes sinon, nombre d’entre vous mourront.

A ces paroles et malgré le surnombre des villageois, ceux-ci se relâchèrent et leurs armes tombèrent simultanément au sol tandis qu’Adrian et ses compagnons rangeaient les leurs. Les mines des hommes et femmes du village se firent alors plus joyeuses et ils devinrent plus chaleureux avec leurs visiteurs.

- Ah… Dit alors le chef de ce petit bourg. Alors pardonnez-nous notre accueil, mais…

Il commença alors à bafouiller quelques paroles incompréhensibles. Otto s’interrogea sur ce qui pouvait bien préoccuper l’homme qui visiblement, avait bien du mal à cacher sa peur : le Sergent pouvait la discerner dans ses yeux…

- Très bien, continua-t-il, se reprenant avec une voix forte et intelligible cette fois-ci. Vous êtes les bienvenus à Rajka. Venez, nous allons prendre un verre dans notre taverne.

Otto, las, acquiesça et suivit le chef du village. Adrian Gordon et les autres soldats de l’Ordre les accompagnèrent : eux aussi comptaient bien profiter d’une bonne chopine de bière après ces quelques jours de galère, et avant de reprendre la route le lendemain matin de très bonne heure sans doute. Finalement, tout le monde était prêt à faire confiance aux villageois de Rajka.
Pendant ce temps, le Sergent s’assit à la plus grande table du modeste établissement et écouta ce qu’avait à lui dire son interlocuteur.

- Je… Vous … Enfin pardonnez notre accueil, bredouilla-t-il. C’est que, depuis quelques temps, un homme nommé Boleslav se prétend être le Seigneur de ces terres. Il est cruel et fourbe. Au début on pensait qu’il était seul et qu’il ne serait pas dangereux. Mais… continua-t-il, apeuré, il a su rallier des partisans à sa cause : des brigands, des mercenaires… Bref, toutes sortes de crapules. Désormais, ses sbires viennent souvent ici pour piller et enlever nos femmes. Je… Nous ne savons plus quoi faire, sanglota-t-il.

Otto, en entendant les paroles du villageois, se dit que lui et ses hommes n’avaient vraiment pas le droit de se plaindre. Néanmoins, il sentait ses paupières tombées sur ses yeux, signe qu’une grande fatigue l’envahissait.

- Désolé, dit-il, malheureusement, mes hommes et moi, nous devons nous reposer. Et demain, nous devons repartir tôt, notre mission n’est pas terminée…

Quelques minutes s’écoulèrent dans le silence tandis que certains comme Adrian, qui avait déjà eu le temps d’aiguiser sa claymore, étaient surtout préoccupés à se remplir l’estomac et ne s’étaient intéressés que peu à la discussion qui venait d’avoir lieu. Finalement, le chef du village les conduisit dans une grange où les chevaliers pourraient dormir sur la paille. Il partit néanmoins aussitôt, après leur avoir souhaité de passer une bonne nuit. Les membres de l’Ordre se déshabillèrent ensuite rapidement, autant chacun leur armure puis se couchèrent afin d’être en forme le lendemain qui serait une nouvelle fois une longue course à travers les terres hongroises. Quant à Otto, une fois allongé, il poussa un soupir de soulagement : il allait enfin pouvoir rêver à une vie meilleure…

*
**

Le lendemain matin, réveillé par le coq, Otto se leva tôt, assez en tout cas pour que la majorité de ses compagnons dorment encore. Il faut dire que tous comptaient profiter le plus longtemps possible de cette première nuit au chaud depuis leur départ. Le Sergent enfila rapidement sa tunique ainsi que son heaume, puis partit dans la fraîcheur de la rosée non sans avoir auparavant fait comprendre à ses hommes que la nuit était bel et bien terminée. Chacun se prépara alors que dehors, le village se réveillait peu à peu pendant que le soleil commençait à prendre place, posant ses premiers rayons sur les toits des chaumières du village. Von Kassel resta à l’extérieur à regarder les premières fenêtres s’ouvrirent. Puis quand le soleil était presque entier, il retourna dans la grange pour prendre ses affaires. Tous ses compagnons étaient debout et s’affairaient à organiser leur départ. Après cela, les soldats de l’Ordre prirent un frugal petit-déjeuner offert par les habitants de Rajka, et s’apprêtèrent à quitter le village. Otto était bien content de reprendre la route : au moins pour une fois, tout s’était bien passé. Mais il se trompait lourdement...

En effet, quelques instants plus tard alors que lui et ses compagnons saluaient le chef du village et le remerciaient pour son hospitalité, un paysan arriva en courant, ruisselant de sueurs, et se plaça en face de son chef :

- Ils sont là… Encore plus nombreux que d’habitude… Ils vont tous nous massacrer ! Hurla-t-il tout en reprenant son souffle.

Pendant qu’il ajoutait que les brigands avaient déjà pris la peine de massacrer plusieurs familles isolées et brûler leurs maisons, Otto avait déjà pris sa décision, pensant néanmoins que le destin s’acharnait sur lui ; en tant que membre du prestigieux Ordre des Chevaliers Divins, il se devait d’aider les faibles ! Et puis se dit-il, peut-être qu’ainsi l’Ordre gagnerait de fidèles alliés en Hongrie, un lieu d’approvisionnement et quelques nouvelles recrues viendraient pourquoi pas renforcer ses rangs. Le Sergent Von Kassel commença tout d’abord par envoyer les deux assassins, Daleva et d’Al Minya, au manoir de Boleslav, le chef des brigands, guidés par un chasseur de la région pour l’assassiner et libérer les femmes qu’il détenait en otage. Il s’occupa ensuite de mettre en point un plan pour repousser les brigands, en collaboration avec son homologue du village. Malheureusement, comme le constata Adrian Gordon, les paysans bien que braves, étaient pour la plupart inexpérimentés et manquaient d’armes pour s’engager dans un combat à mort. Otto décida alors de laisser pénétrer les ennemis dans le village et de les retenir ici même, le temps qu’il puisse les prendre à revers avec une milice de cavaliers constituée par des volontaires de Rajka. Il informa alors les soldats de l’Ordre de son plan et dut faire face aux railleries de Gordon. En effet, ce dernier fut profondément offusqué lorsqu’il apprit qu’il combattrait à pied alors qu’il était bien meilleur cavalier que fantassin. Pour autant, il se résigna et se dit qu’il aurait ainsi l’occasion de faire ses preuves au corps à corps, surtout que le Sergent Von Kassel venait de lui donner le commandement de l’infanterie composée de la vingtaine de soldats de l’Ordre. L’Ecossais, en première ligne, aurait donc un rôle crucial puisqu’il devrait contenir leurs agresseurs le temps que la cavalerie improvisée puisse les prendre à revers.

Rapidement, le Germain réquisitionna tous les chevaux du village, c’est-à-dire une dizaine, et les amena sur la place centrale où il exposa son plan aux volontaires de Rajka qui savaient manier une monture. La stratégie n’était pas très compliquée et les villageois écoutèrent le Sergent lorsqu’il leur demanda immédiatement de monter sur leurs chevaux. Ils faisaient pitié à voir, armés de légères lances ou de haches tout juste bonne à couper un ou deux troncs d’arbre avant de se briser. Leur équipement n’était pas non plus très épais et en rien comparable à celui de certains soldats de l’Ordre qui pouvaient se déplacer presque gracieusement avec une vingtaine de kilos supplémentaire sur le dos. Mais Otto n’en était plus à sa près… Il ordonna alors aux femmes et aux enfants de se réfugier dans l’église du village, puis il partit avec sa petite troupe improvisée, la guidant vers une forêt située quelques centaines de mettre à la sortie de Rajka. Boleslav allait regretter d’avoir croisé la route de l’Ordre des Chevaliers Divins se dit Otto…

Pendant ce temps, du côté d’Adrian Gordon et de ses hommes, les derniers préparatifs avaient lieu avant l’arrivée imminente des rebelles. Pendant que les soldats s’équipaient d’haches ou d’épées, Gordon débaucha parmi les habitants de Rajka, une dizaine de paysans qui s’étaient déjà essayer au maniement d’un arc dans le passé. Cette petite escouade d’archers se posterait dans la grange située près de la porte par laquelle les hommes de Boleslav devraient apparaître ainsi, les archers auraient un point de tire idéal sur l’ennemi et pourraient décimer leurs plus rudes adversaires. Pour l’occasion de sa première bataille à pied, Adrian décida de prendre un bouclier en bois, trouvé dans une des maisons du village, et d’une hache légère à une main, sans oublier bien sûr son habituelle claymore. Il était en outre équipé d’une cotte de maille recouverte par une tunique bleue sur laquelle était brodé le blason écossais. En revanche, il combattrait cette fois-ci à visage découvert, ses longs cheveux lâchés, son heaume ayant été détruit lors de la précédente bataille.
Quelques minutes plus tard, une fois les hommes parés au combat, les archers se précipitèrent vers la grange avant que leurs ennemis ne pénètrent dans le village tandis qu’Adrian guidait sa troupe, lentement, vers l’entrée par laquelle devrait surgir les hommes de main de Boleslav. La pression et l’attente devenait insoutenable pour les défenseurs.

Soudain, ceux-ci arrivèrent en ordre de dispersé, sans avoir détecté les précédents mouvements des hommes de l’Ordre et des paysans au sein du village. Ils ne remarquèrent pas tout de suite la présence de leurs adversaires à une centaine de mètres plus loin, et entonnèrent des chants barbares, traitant de viols, de pillages, dans un dialecte régional peu commun et dont les paroles ne purent être comprises que par les villageois, ce qui eut pour effet, semble-t-il, de les motiver encore plus à en finir une bonne fois pour toute avec eux. Pendant ce cours instant, Adrian Gordon, en première ligne, étudia ces rebelles, constatant qu’ils n’étaient rien de plus que des brigands qui manquaient eux-aussi de matériel et de courage et qu’en ce jour, il ne disposait que d’un seul avantage face à ses soldats : leur nombre, puisqu’ils étaient trois fois plus nombreux.

- A mort ! Hurla alors l’Ecossais de toutes ses forces après avoir jeté un regard par-dessus son épaule pour s’assurer de la bravoure de ceux qu’il commandait, et avant de s’élancer, sa claymore à la main, suivis par la vingtaine de soldats de l’Ordre et des quelques paysans qui s’étaient courageusement, ou par folie, joins à eux.

Les brigands se tournèrent, incrédules, vers cette petite troupe dont ils ne soupçonnaient pas l’existence une poignée de secondes plus tôt, et comprirent trop tard ce qu’il se passait lorsque la claymore de Gordon vint une première fois terrasser l’un des leurs. Le torse de ce dernier fut d’ailleurs ouvert d’un seul coup, avant que ses compagnons ne réagissent et prennent vraiment part au combat ; sept d’entre eux étaient déjà tombés et l’effet de surprise avait été d’une grande réussite. Mais très vite, le reste des hérétiques se ruèrent vers les soldats de l’Ordre pour venir prêter main forte à leurs frères d’armes, et l’un d’eux tenta de porter un coup d’épée à Adrian qui le para sans difficulté avec son bouclier avant de contre-attaquer immédiatement en le frappant au visage. Sa lame atteignit finalement la joue de son adversaire et s’enfonça dans son crâne. Mais assez vite, le combat s’équilibra et quelques-uns des compagnons de l’Ordre de l’Ecossais et des villageois n’avaient pu éviter les coups de leurs assaillants et étaient tombés au champ d’honneur. Adrian faillit d’ailleurs perdre la vie lorsqu’une faux le frôla après qu’il en ait fini avec sa dernière victime. Heureusement pour lui, le brigand tenant la faux n’était guère habile mais réattaqua néanmoins assez vite alors que Gordon se protégeait derrière son bouclier qui se brisa sous l’impact. Lâchant soudainement ce qu’il restait de son bouclier, le chef de la troupe lança une petite hache sur son adversaire avant d’ordonner la retraite en constatant la mort d’une dizaine de guerriers ou villageois alliés. Les survivants se mirent alors à courir le plus vite possible vers la grange où les archers demeuraient en embuscade, du moins ceux qui n’étaient pas pris au cœur de la mêlée et qui ne pouvaient se dégager. Quant à Adrian, il effectuait de larges mouvements dans une des rues du village pour tenir à distance les ennemis, jusqu’à ce que deux d’entre eux ne l’attaquent simultanément. L’un s’empala sur la lame de sa claymore mais l’autre en profita pour enfoncer son couteau dans l’épaule droite de l’Ecossais. Ce dernier parvint néanmoins à l’attraper par le coup de sa main droite ce qui lui laissa le temps de reprendre sa claymore de la main gauche et de le transpercer avec. Répétant l’ordre de replis, il courut lui aussi vers la grange suivi de quelques brigands qui furent finalement abattus par les archers composés de paysans.

Pendant que les combattants reprenaient leur souffle, Adrian se rendit compte que les soldats de l’Ordre sous son commandement n’étaient déjà plus qu’une dizaine, mais heureusement, à part lui dont qui souffrait à cause de son épaule d’où le sang s’écoulait en quantité, aucun n’était blessé. Mais leur répit fut de courte puisque les hérétiques, remis de l’assaut orchestré par Gordon, se précipitèrent vers la grange et chargèrent. Les archers, à l’étage du bâtiment, décochèrent alors leurs flèches et tous les ennemis en première ligne tombèrent, plus d’une trentaine d’hommes avaient sûrement trépassé depuis le premier assaut jugea rapidement l’Ecossais qui souhaita bonne chance à ses hommes qui, pour parer la charge ennemie, s’armèrent de fourche, tandis que leur chef trancha d’un seul mouvement les têtes de deux soldats à portée de sa claymore. D’autres brigands s’empalèrent sur les fourches des hommes de l’Ordre, mais leur surnombre était encore conséquent : le rapport des forces en présence n’avait pas tellement changé depuis le début des hostilités. Les flèches des villageois de Rajka continuaient d’être tirées avec une rapidité tellement surprenante qu’ils commencèrent à en manquer, au moment où les derniers assaillants déferlaient dans la grange.

Brusquement, sur un ordre de leur commandant, les brigands se replièrent légèrement à prêt de l’unique sortie de la grange, chacun affichant un sourire narquois sur son visage : Gordon et ses hommes étaient encerclés avec quelques paysans dans cette grange et la seule issue était bloquée par leurs ennemis. L’Ecossais en avait parfaitement conscience et ordonnait aux derniers soldats de se rassembler à ses côtés. Quant aux archers, après être venus à bout de deux autres hérétiques, leur réserve de flèches s’était amenuisée et ils descendaient chacun leur tour depuis leur position en hauteur dans la grange pour venir prêter main forte aux survivants de l’Ordre. D’un geste, Adrian leur demanda de se placer à l’arrière et souffla quelques mots à l’un d’eux, un certain Marcus Xavier qui passait à proximité de lui et qui semblait s’être approprié naturellement l’organisation et le commandement de la petite escouade. Il lui fit comprendre qu’une brèche devait être ouverte pour qu’ils puissent se sortir de ce guêpier. Pendant que quelques paysans s’occupaient de créer une nouvelle échappatoire, les soldats de l’Ordre, acculés, s’apprêtaient à subir et repousser une nouvelle charge des brigands qui ne tarda pas à venir. Le choc fut une fois de plus violent, surtout pour Adrian Gordon qui souffrait atrocement de sa blessure. Quelques brigands s’empalèrent néanmoins sur les armes des hommes de l’Ordre mais trois d’entre eux ne purent éviter une mort précoce et douloureuse.
La mêlée et les combats étaient toujours désorganisés, les duels entre les soldats des deux camps faisant rage aux quatre coins du bâtiment. Gordon étaient placés devant les quelques paysans qui, petit à petit, retirés quelques lattes de bois d’un des pans de murs de la grange. Il faisait tournoyer sa claymore, tenant en respect trois adversaires. L’un d’eux, surpris, n’eut pas le temps de reculer et la lame tranchante du guerrier écossais lui trancha la gorge, tandis qu’un autre y perdait son avant-bras avant de s’effondrait sur le sol parsemé de blé. Mais Adrian finit par être touché par le javelot du troisième hérétique et tomba en arrière sous l’impact de la lance qui l’avait touché une fois encore à l’épaule droite. Il ne dut sa survie qu’au dénommé Marcus Xavier qui s’interposa in extremis entre Gordon à terre et le javelot du brigand qui finalement, termina sa course dans le ventre du natif de Rajka alors que celui-ci décochait son ultime flèche qui se figeait elle, entre les yeux du sbire de Boleslav. Gordon ne put retenir un cri de stupeur en voyant son sauveur tituber avant de s’effondrer à ses côtés en rendant son dernier souffle.

Sous le choc, l’Ecossais, à bout de force et affaibli par l’écoulement continu de son sang, parvint péniblement à se relever, et constata qu’une brèche avait été ouverte par laquelle quelques-uns de ses soldats se repliaient déjà. Il se saisit finalement de sa claymore de la main gauche et suivit tant bien que mal ses hommes, les brigands, encore une vingtaine, sur ses talons.

*
**

Otto Von Kassel, à l’orée du petit bois où lui et les paysans à cheval qu’il commandait s’étaient embusqués, observait les soldats de Boleslav entrer dans Rajka. Il décida qu’ils attendraient encore quelques minutes, le temps que leurs ennemis soient tous entrés dans le village et qu’ils s’y soient aventurés assez loin de la porte qu’ils venaient de franchir. En effet, le Germain voulait être bien sûr que le piège qu’il leur avait tendu se refermerait totalement sur eux de sorte qu’aucun n’en réchappe : il voulait leur faire payer tous les pillages qu’ils avaient commis sur ces honnêtes paysans hongrois.

Après quelques minutes d’attente, Otto décida que le moment était venu de se diriger vers le village pour prendre à revers les brigands et leur couper leur unique option de repli. Il aurait bien attendu encore un peu, mais il lui fallait être réaliste : Adrian Gordon et les soldats de l’Ordre semblaient être très largement en sous-nombre d’après les estimations qu’avait pu établir le Germain en apercevant de loin la troupe ennemie. Ils ne tiendraient plus très longtemps selon lui, même en se repliant constamment. Von Kassel se retourna et jeta un coup d’œil aux villageois, tendus, crispés, mais qui ne se laissaient pas envahir par la peur et qui restaient déterminés : en ce jour, ils allaient enfin pouvoir en finir avec ces hommes qui les terrorisaient, les pillaient, enlevaient leurs femmes après les avoir violées devant leurs yeux. Ils étaient enfin prêts à combattre pour que l’oppression cesse et à mourir s’il le fallait, Otto en avait la conviction. Ainsi, il se décida puis prit son cheval par la bride. Il pressa petit à petit le pas et à une centaine de mètres du village, après avoir galopé plusieurs minutes dans les broussailles, il pouvait déjà entendre les hurlements des combattants ; la bataille faisait rage et son issue semblait encore indécise comme le supposait le Germain qui comptait faire pencher la balance en sa faveur. Il accéléra encore et contourna la maigre palissade de bois qui entourait le village : il leur restait encore un petit bout de chemin avant d’atteindre l’entrée par laquelle les rebelles étaient entrée dans le village quelques minutes plus tôt.

- Mes frères, hurla Otto tout en passant la porte. Cette journée est pour vous, soyez sans pitié et que votre bras ne faiblisse pas ! A mort ! A mort !

Le Germain, envahi d’un sentiment de rage, fonça alors droit sur les brigands. Il repensait à son défunt père ainsi qu’à son ami Locktar. Ne parvenant plus, sa première charge et celle des paysans renversa une première ligne d’ennemis qui poursuivaient Adrian Gordon et les autres soldats de l’Ordre à pied. Le cheval d’Otto hennit mais tint bon, tandis que son cavalier abattait frénétiquement son épée de droite à gauche sur ses adversaires : il sentait des os craqués, le sang de la chair transpercée de ses ennemis. Les rebelles commençaient à se reprendre quelque peu et redevenaient de farouches guerriers qui donnèrent, même s’ils n’étaient plus très nombreux, du fil à retordre à Von Kassel et aux villageois de Rajka. Mais alors qu’il avait fini de décapiter un slave, un autre le fit tomber de son cheval. Il vit un rebelle l’attaquer avec une vouge et il eut tout juste le temps de se protéger avec son bouclier pour éviter le pire. Ensuite il se saisi d’une lance qui traînait par terre et qu’il enfonça dans la gorge du rebelle. Celui-ci eut un rictus de douleur puis s’affala sur le sol, recouvert de sang. Otto, dont le bras droit était engourdi réussit néanmoins à se relever et à se remettre en selle.

Après ces quelques minutes de passes d’armes acharnées et avoir été venus à bout d’une dizaine d’assaillants, Otto voulut savoir dans quelle situation se trouvait l’infanterie et leva la tête : ils semblaient n’être plus qu’une poignée autour de Gordon, résistant vaillamment aux assauts de quelques brigands. Ils avaient dépassé la grange mais n’avaient pas pu aller bien loin, les rebelles toujours sur les talons. Le Germain prit son courage à deux mains et chargea droit vers eux, aidé par les cavaliers restants. Ils chargèrent dans le dos des brigands qui poursuivaient l’Ecossais et ses hommes dans leur énième tentative de repli. Les assaillants furent décimés alors qu’Adrian s’écroulait par terre, épuisé par ces sprints successifs entrecoupés de duels, ses derniers compagnons encore vivants l’imitant. Il observa ainsi la fin du combat, ou plutôt le début de la chasse à l’homme. En effet, les derniers brigands encore debout tentaient de fuir, affolés par les chevaux, mais Otto Von Kassel ne leur laissa aucune chance et les exécuta tous sans exception avec l’aide des villageois.

Cette victoire avait été obtenue dans la difficulté pour la petite troupe de l’Ordre et les habitants de Rajka, preuve en était avec les nombreux cadavres qui gisaient dans les ruelles du village et dans la grange. Au total, on dénombrait 13 morts parmi les soldats de l’Ordre, les survivants étant tous plus moins blessés, et une vingtaine de villageois, dont Marcus Xavier, avaient aussi péri courageusement dans la bataille pour la liberté de leurs frères. Rajka était donc sauvé, mais à quel prix…

Les femmes et les hommes qui n’avaient pas pris part au combat ne tardèrent pas à accourir auprès des blessés les plus mal en point pour leur administrer les premiers soins. Adrian Gordon, toujours à terre, souffrait atrocement à cause de son épaule entaillée plusieurs fois par les coups ennemis et où le couteau d’un des brigands y était toujours logé. Il ne parvenait pas à se relever et ce fut Von Kassel qui vint l’aider en le tirant par le bras gauche pour permettre à l’Ecossais de se tenir de nouveau sur ses deux jambes. Il profita ensuite de sa faiblesse momentanée pour ôter d’un coup sec la dague d’un coup sec et ainsi éviter que la blessure s’infecte. Mais Gordon peinait aussi à marcher et le Sergent dut l’épauler tandis que son compagnon hurlait de douleur et de rage contre cet imbécile d’archer qui s’était sacrifié pour que lui survive. Otto le conduisit dans une des habitations du village où Adrian y fut soigné pendant de longues heures par l’un des chirurgiens de Rajka, sa plaie désinfectée et pansée, malgré ses réticences et ses intempestifs refus. Plusieurs paysans furent par ailleurs obligés de s’employer de nombreuses fois pour maîtriser cet écossais impétueux. Ils parvinrent finalement à le calmer en l’abreuvant régulièrement de bière ce qui de plus, atténuait sa douleur. Finalement, l’Ecossais s’endormit rapidement grâce à cette brillante médecine et ne se réveilla que deux jours plus tard. Pendant sa convalescence qui dura encore quelques jours, les villageois avaient enterrés leurs frères et les soldats de l’Ordre qui avaient succombé, puis brûlé les cadavres des brigands comme en témoignait l’odeur planant encore sur le village.
Au pied de son lit, Gordon remarqua la présence du couteau qui avait transpercé sa chair. Il s’en sait et put constater qu’il s’agissait d’une très belle arme, forgée avec talent et bien aiguisée : sans doute son ancien porteur avait volé ce couteau à un riche marchand supposa le blesser. Dès qu’il fut remis sur pied, il décida de se rendre sur la tombe de son défunt sauveur et y planta la dague à côté de sa pierre tombale. Marcus Xavier aurait mérité d’être né écossais se dit Gordon…



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MessageSujet: Re: Tome I   Ven 18 Jan - 3:02

Chapitre IV :
Boleslav le Cruel




16 Décembre 1151, à l’Est du Saint Empire Romain Germanique.


L’hiver était déjà bien installé en Europe Centrale et les soldats de la 10ème Armée de l’Ordre cherchaient tant bien que mal à rester à l’abri, au chaud, dans leur tente. Les pluies torrentielles laissaient place à la neige tandis que, dans les semaines à venir, les marécages boueux se recouvriraient peu à peu d’une fine couche de glace. Les organismes des combattants souffraient alors que l’armée dirigée par le Commandant Edouard de York n’avait que trop peu avancée depuis sa dernière victoire sur les rebelles de la Koalition der Gerechten, mais ce repos presque forcé n’était pas pour déplaire aux combattants de l’Ordre. Le campement de l’Ordre s’était par ailleurs quelque peu agrandi ces derniers jours grâce à l’enregistrement de nouvelles recrues venues intégrer les rangs de l’Ordre. Suite à l’appel du Pape à la croisade contre les infidèles, nombreux étaient ceux désirant se battre au sein de l’Ordre pour le salut de leur âme, tandis que d’autres étaient tout simplement en quête de justice ou d’argent. Ces nouveaux venus affluaient majoritairement de toute l’Europe chrétienne, même si l’Ordre acceptait aussi des recrues d’autres religions, des juifs, mais également des musulmans, l’intégration de ceux-ci provoquant néanmoins de vifs altercations et débats habituellement, et encore dans le contexte actuel.

La nuit était déjà tombée sur le campement de l’Ordre alors que certains groupes d’éclaireurs en mission pour la journée n’avaient pas encore terminé le travail qui leur incombait. Le dîner ne serait d’ailleurs servi que dans deux ou trois heures : on vivait bien en ce moment même les plus courtes journées de l’année. Quelques individus attendaient encore devant la tente où Bertrand de Lorraine, assis derrière son bureau, s’affairait à enregistrer et accueillir les nouvelles recrues, étant l’un des rares officiers présents dans ce régiment, hormis le Commandant Edouard de York, à manier l’art complexe de la calligraphie. Le Lieutenant de Lorraine fit signe aux deux hommes en tête de la file des postulants de s’approcher après avoir salué ceux qui les précédaient, et dont le cas venait d’être traité. Bertrand s’occupait à chaque fois de l’inscription de deux nouveaux soldats en même temps pour gagner en productivité et espérer finir avant que le dîner ne se retrouve entièrement des les estomacs des soldats de l’Ordre.

- Bonjour Messieurs. J’ai besoin que vous me donniez à tour de rôle votre nom, votre âge, du pays dont vous êtes originaire, si vous disposez ou non d’une monture, et quelles sont les armes que vous maniez correctement, énuméra laconiquement Bertrand de Lorraine, qui avait dû répéter cette même phrase plus d’une centaine de fois depuis le début de la semaine. Commençons par vous ! Déclara-t-il en désignant le plus petit des deux hommes debout en face de lui.

- Je me nomme Ceri de Glamorgann, je pense être âgé d’environ vingt ans, et je suis originaire de la vallée de Glamorgann, dans le Pays de Galles. Je possède une jument, un grand percheron alezan. Mais vous devez savoir que je suis plus à l’aise dans les duels au corps à corps. J’utilise d’ailleurs le plus souvent des épées pour combattre, énonça rapidement un jeune homme d’à peine un mètre soixante-dix, aux cheveux courts et épais, d’un noir d’encre et possédant des yeux d’un gris métallique peu commun.

- A vous maintenant ! Dit le Lieutenant après avoir fini de prendre en note les caractéristiques de Ceri, en posant son regard sur le robuste gaillard légèrement plus grand que le gallois et archétype du guerrier scandinave.

- Karl Skapty, 18 ans, je suis originaire d’un petit village du Danemark. Je combats essentiellement à pied et j’ai été formé au maniement de la vouge dans l’armée danoise, mais je peux aussi combattre avec une hache, répondit le Danois qui semblait, comme son acolyte gallois, particulièrement marqué par ses derniers jours de voyage pour rejoindre l’Ordre.

- Bien, conclut Bertrand de Lorraine, las, tout en continuant de remplir son registre. Messieurs, vous serez placés sous les ordres du Sergent Von Soukhen qui dirige un régiment d’infanterie. Vous pouvez disposer.

Le Lieutenant français salua d’un signe de tête les nouvelles recrues de l’Ordre puis demanda à deux autres postulants d’avancer jusqu’à la table qui lui faisait office de bureau. Et tandis que de Lorraine reprenait son travail fastidieux et ennuyant, Ceri de Glamorgann et Karl Skapty se dirigeaient vers la taverne improvisée du camp pour y célébrer ensemble les futurs exploits qu’ils rêvaient d’accomplir au sein de l’Ordre. Tous deux avaient dû s’engager dans un long et éprouvant voyage pour rejoindre l’armée de l’Ordre en Hongrie, après que les deux jeunes hommes aient auparavant connu diverses mésaventures.

Il y a un peu plus d’un an, la paisible vie du Gallois bascula soudainement avec la mort de ses parents lors d’une attaque sur le manoir familial des Glamorgann conduite par une troupe de rebelles. Vagabondant vers le Sud du pays en quête de vengeance, le jeune Ceri laissa derrière lui sa magnifique fiancée et commença à proposer ses services en tant que mercenaire à divers petits seigneurs gallois puis anglais. Par la suite, il s’embarqua pour la France mais fortement dépressif, il tenta de se suicider lors de la traversée de la Manche. Néanmoins, un abbé au charisme énigmatique l’en empêcha, et après plusieurs jours en sa compagnie, parvint à atténuer l’amertume et les peines de cœur du Gallois qui reprit peu à peu goût à la vie. Alors qu’ils étaient sur le point de se séparer, l’abbé évoqua l’existence de l’Ordre des Chevaliers Divins, ce qui éveilla la curiosité de Ceri. Ce dernier rejoint alors la principale forteresse de l’Ordre dans le Midi : Castelfort. Là-bas, on lui demanda cependant de poursuivre sa route en compagnie d’autres chevaliers vers la Hongrie, où stationnait la 10ème Armée qui se rendait en Terre Sainte ; le voyage dura près de trois mois pour arriver à destination.
Au même moment, au sein du Royaume du Danemark, Karl Skapty, orphelin dès sa naissance suite à la destruction du village dans laquelle sa famille entière périt, décida de s’engager dans l’armée danoise, commandée par le Prince du Danemark lui-même. Celle-ci, la plus conséquente qu’un pays Scandinave n’ait jamais constituée, avait pour but de renforcer les Royaumes Francs en Terre Sainte suite à l’échec de la Seconde Croisade. Ayant grandi dans une abbaye et tout juste sorti de l’adolescence, Karl suivit une rapide mais insuffisante formation militaire comme nombre d’autres de ses compatriotes. Par conséquent, quelques jours seulement après que cette armée ait quitté les terres danoises, elle tomba dans une embuscade tendue par la Koalition der Gerechten. Pris au dépourvu, le Prince danois fuit tel un couard, laissant ses hommes mal préparés à une mort certaine. Une partie des soldats scandinaves dont Karl Skapty tentèrent, malgré l’absence de leur commandant, de se réorganiser, pliant néanmoins rapidement face aux hérétiques de la Koalition qui profitèrent de leur avantage numérique conséquent par rapport à leurs adversaires. La déroute des soldats danois fut totale et peu échappèrent à la barbarie des brigands : Karl était l’un de ceux-là, sauvant sa vie en restant caché de nombreux jours dans les forêts germaniques du Nord-Est. Finalement, après avoir échappé aux différentes patrouilles des hérétiques, le Danois parvint à poursuivre sa route vers le Sud, jusqu’à croiser le chemin de l’Ordre des Chevaliers Divins.

En ce jour, Karl Skapty et Ceri de Glamorgann voyait s’ouvrir un nouveau chapitre de leur existence, leurs années d’insouciance faisant désormais partie d’un lointain passé.

*
**
Comme il l’avait pressenti, Bertrand de Lorraine avait manqué de peu le dîner. La nuit était apparue dans le ciel depuis déjà quelques heures tandis que le Lieutenant finissait d’enregistrer le nom de la dernière recrue de la semaine. Le temps de trier le nombre conséquent de parchemins qu’il avait rempli dans la journée, et le Lieutenant se dirigea vers les cuisines du camp dans l’espoir que les cuisiniers de l’Ordre puissent encore lui servir un plat chaud : cela lui procurerait le plus grand bien en ce début d’hiver, plusieurs flocons de neige ayant déjà été aperçus. Le chef des cuisines ne put malheureusement lui servir que quelques pommes, les soldats de l’Ordre ayant englouti une heure plutôt l’intégralité de la soupe de légumes ainsi que la viande qui l’accompagnait. Dépité, Bertrand se contenta de ce frugal repas et, après avoir remercié ses hôtes, repartit à ses affaires, sa journée n’étant pas tout à fait terminée. Et tandis qu’il traversait le camp d’un pas rapide, de Lorraine passa devant une tente aussi grande si ce n’est plus que celle du quartier général du campement, qui était aussi la tente du Commandant de York, endroit où il se rendait. Il s’agissait en fait de la taverne, et si le Lieutenant s’y était arrêté, il aurait sans doute remarqué que certaines des nouvelles recrues, dont Ceri de Glamorgann et Karl Skapty, y fêtaient leur intégration au sein de l’Ordre, au milieu de vétérans tels que le Sergent Peter Von Soukhen. Qu’ils en profitent pensa Bertrand, les jours qui attendaient l’Ordre seraient bien plus sombres…

Quelques jours après la victoire de l’Ordre à la frontière de l’Empire sur la Koalition, la vaste armée, menée en personne par le Seigneur Sopraluk avait continué sa route vers Constantinople, dans l’espoir d’y embarquer pour la Terre Sainte. Mais l’afflux de réfugiés sur les routes à mesure que l’Ordre avançait avait fini par pousser le Grand Maître de l’Ordre à la prudence. Les récits de ces serfs en fuite décrivaient des armées gigantesques d’hérétiques et de brigands, menés sur le champ de bataille par de terrifiantes créatures face auxquelles les nobles locaux étaient sans défenses. Le plus troublant était cependant la rumeur grandissante selon laquelle le Roi Géza était mort au combat et que ses fils se livraient à présent une guerre fratricide pour le trône, les deux benjamins de la famille, Philippe et Guy, leurs deux frères aînés ayant péri avec leur père.
Refusant de s’aventurer en territoire hostile sans avoir la moindre idée de ce à quoi il devrait faire face, le Seigneur Sopraluk avait décidé de laisser à son homme de confiance, le Connétable Charles de Bretagne, un quart de ses hommes, soit mille cavaliers, près de deux milles soldats d’infanterie lourde et autant de piétons légers. Mais celui-ci était resté en France, occupé à gérer le domaine de l'Ordre, et le temps qu’il rejoigne la 10ème Armée de l’Ordre, c’était le Commandant Edouard de York qui mènerait les troupes au combat. A terme, l’objectif serait de marcher jusqu’à la capitale, Budapest, et de tirer la situation au clair avec les fonctionnaires locaux, ou au mieux, avec le nouveau roi consacré, et au pire, marcher jusqu’à rencontrer de la résistance. Pendant ce temps, le gros de l’armée de l’Ordre campait en terres Autrichiennes tandis que le maître galopait vers la Bavière quérir des renforts auprès du Maréchal Rénald le Noir qui avait rassemblé près de six mille hommes supplémentaires après avoir eu vent des activités des hérétiques dans l’Empire. Edouard de York quant à lui, avait fait avancer son armée lentement, longeant seulement les frontières hongroises du Nord, ne découvrant sur son chemin que fermes et champs ravagés par les flammes, villages désertés et charniers immondes. Plusieurs patrouilles, comme celle de Von Kassel, avaient été envoyées sur les flancs de l’ost afin de prévenir tout danger et éventuellement enfin tomber sur âme qui vive, car depuis qu’ils avaient franchi la frontière hongroise, ce royaume semblait être devenu celui des morts.

C’est sur ces pensées amères que Bertrand de Lorraine parvint jusqu’à la tente du Commandant Edouard De York, ce dernier souhaitant s’entretenir avec lui. L’Anglais, assis derrière son bureau, l’accueillit assez froidement, comme il le faisait avec tous ses visiteurs habituellement, sauf peut-être avec ses plus proches amis, et encore. Il invita le Lieutenant de Lorraine à s’asseoir en face de lui et entama rapidement la discussion avec une voix lasse :

- Alors lieutenant, vous étiez chargé du recrutement aujourd’hui n’est-ce pas ? Certains officiers se sont plaints de ces longues heures à regarder passer de jeunes inconscients et entendre leurs aventures et faits d’armes plus farfelus les unes que les autres ! Ajouta de York avec un petit sourire en coin, mimique assez surprenante de sa part.

- Ce fut effectivement quelque peu ennuyant par moment Commandant, et j’ai d’ailleurs dû me contenter d’un frugal repas pour dîner. Néanmoins, certains postulants sont expérimentés, ayant déjà participés à quelques batailles, et d’autres plus jeunes ont sans aucun doute du potentiel. Nous avons pu recruter une petite centaine de soldats aujourd’hui, mais c’est vrai que certaines recrus semblent atteintes d’un fanatisme poussé à l’extrême ! Décrivit Bertrand.

- Oui, j’ai vu aussi ces nombreux prêtres combattants, attirés par la Croisade, et ils voient plus ça comme un pèlerinage en Terre Sainte que comme une guerre à mener… Et c’est encore la Caste des Séraphins au sein de l’Ordre qui va en sortir renforcer, elle s’agrandit déjà assez vite comme ça…

- Ce sont bien les Séraphins qui souhaitent que l’Ordre crée un Etat indépendant en Terre Sainte ? Demanda Bertrand, sur un ton quelque peu ironique.

- Malheureusement oui, au même titre que les Affranchis d’ailleurs, et leur influence continue de prendre de l’ampleur au sein de l’Ordre : beaucoup se tournent vers la foi en ces temps troublés et les prêtres des Séraphins sont de fins recruteurs. Cette histoire de création d’un Etat souverain pourrait vite devenir une revendication majeure des membres de l’Ordre… Mais je ne vous ai pas fait venir aussi tard pour qu’on étudie les querelles internes ou les dissensions qui existent entre les différentes Castes. Nous avons d’autres problèmes plus urgents avec la situation désastreuse du Royaume de Hongrie actuellement, la lutte entre les deux frères pour le trône a déjà commencé et l’escalade de la violence entre les deux camps ne fait que commencer. Le risque est que cette instabilité politique et les nombreux troubles qui en découlent, ne multiplient l’émergence de groupes rebelles indépendants ou de seigneurs influents auto-proclamés.

Edouard de York s'arrêta un court instant pour reprendre son souffle et Bertrand, désirant en savoir plus sur ce sujet qui concernait directement plusieurs de ses hommes, en profita pour interroger son supérieur :

- Avez-vous eu des nouvelles des escouades ou des espions envoyés au cœur des terres hongroises pour évaluer la situation ?

- La majorité de nos informations proviennent en effet de nos espions, et la seule véritable escouade de soldats qui s’est enfoncée profondément dans les forêts et les marécages hongrois est celle dirigée par le Lieutenant Otto Von Kassel. D’après le rapport d’un de nos agents qui les aurait aperçus de loin, Von Kassel et ses hommes n’étaient plus très loin d’un petit bourg encore habité, dans une région au Nord du Royaume de Hongrie sur laquelle règne un noble hongro-polonais, connu sous le doux nom de Boleslav le Cruel.

- Charmant… Commenta de Lorraine.

- Et ce tyran porte bien son nom, pas sûr qu’il réagisse de manière très diplomatique s’il se rend compte de la présence de Chevaliers de l’Ordre sur ses terres… Nous avions déjà entendu parler de ce sombre personnage qui s’est fait connaître par ses attaques envers ses serfs ainsi que par ces actes de barbarie ; on dit même qu’ils enlèveraient régulièrement des jeunes femmes pour assurer ses plaisirs sexuels et organiser d’immenses orgies, celles-ci se finissant généralement dans un bain de sang…

- L’archétype même du bon vivant ! Ironisa Bertrand. Et je suppose qu’on ne peut pas intervenir directement contre lui ?

- Non en effet. Même si Boleslav est haït plus que le Diable lui-même par son peuple, ceux-ci le craignent tellement qu’ils n’oseraient même pas se rebeller contre lui. Et il bénéficie également d’une armée non négligeable même si l’Ordre en viendrait sans peine à bout. Mais il existe un obstacle majeur qui me semble pour le coup incontournable…

De York fit une pause dans son récit, perdu dans ses pensées. Bertrand ne se risqua pas à le relancer et attendit patiemment qu’il reprenne le cours de son raisonnement.

- Cet enfoiré peut en plus se vanter de disposer du soutien du Pape, et il ne le cache pas pour intimider ceux qui, éventuellement, essaieraient de s’opposer à lui et qui seraient alors sous la menace d’une excommunication. C’est la raison pour laquelle nous ne pouvons pas intervenir directement.

- Pourtant, d’après la description que vous m’en avez faite, il me paraît plus être un vil hérétique qu’un bon chrétien le Boleslav…

- Il faut croire qu’il ait réussi à donner des gages aux autorités chrétiennes, expliqua Edouard de York. D’après les informations qui me sont parvenues, il se serait récemment fait baptiser pour éviter de s’attirer des ennuis de la part des seigneurs voisins qui sont majoritairement chrétiens et qui lorgnent sur ses terres.

- Ce n’est pas pour rien que vous avez envoyé Von Kassel et ses hommes dans cette partie de la Hongrie n’est-ce pas ? En déduisit Bertrand.

- Vous avez vu juste lieutenant. Si l’on veut éviter de se retrouver entre les armées des deux Princes qui revendiquent chacun le trône du Royaume de Hongrie, passer par les territoires de Boleslav le Cruel est le chemin le plus court et le plus sûr. Mais il n’acceptera jamais de nous accorder un droit de passage sur ces terres, il se méfie trop de nous et des étrangers en général. Et pendant notre séjour en Hongrie, il mettrait sans doute tout en œuvre pour nous nuire. Je ne vais pas vous cacher que cela nous rendrait de grands services que Von Kassel prenne l’initiative d’éliminer Boleslav, surtout que deux assassins redoutables l’accompagnent. Mais plus important encore, la responsabilité de l’Ordre ne devra pas être mise en cause lors de ces évènements inopportuns ! Expliqua le Commandant en insistant bien sur le dernier mot.

- Il s’agit quand même d’un pari très risqué…

- Et c’est pour cela que vous partirez dès l’aube sur les traces de l’escouade de Von Kassel, le coupa Edouard de York. Vous verrez bien par vous-même l’ampleur des dégâts ou au contraire, des profits tirés de l’éventuelle élimination de Boleslav. Rassemblez quelques hommes et allez-vous reposer, vous en aurez besoin pour les jours prochains.

- Bien commandant ! Conclut Bertrand de Lorraine avant de se diriger vers la sortie de la tente, l’air maussade, presque abattu.

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Tome I
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